Une kiné « Médecins du Monde » au service des blessés syriens : rééduquer pour avancer

Une kiné « Médecins du Monde » au service des blessés syriens : rééduquer pour avancer

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De mi-avril à mi-juin, Bérangère Gohy, jeune kinésithérapeute, se trouvait en mission pour Médecins du Monde dans un centre de revalidation post-opératoire soutenu par l’ONG, situé dans une ville frontière entre la Turquie et la Syrie. Pendant ces deux mois, sur le terrain, elle est venue renforcer les capacités du staff syrien en kinésithérapie et soutenir l’organisation du service de réadaptation. Retour sur une expérience exceptionnelle, aux côtés de soldats et de civils, tous victimes d’une guerre qui s’enlise ».

« Ce qui m'a le plus frappée en visitant l'hôpital pour la première fois, ce sont les visages livides et les regards éteints de ces jeunes patients syriens, allongés à longueur de journée, qui se sont battus pour leur pays et qui se retrouvent maintenant condamnés à assister, de leur chambre, via les médias sociaux, à la révolution.

Arrivée 8 mois après le démarrage du projet, après des collègues de Médecins du Monde qui avaient déjà beaucoup travaillé avec les kinés syriens sur les techniques de rééducation, tant au niveau théorique que pratique, l’une de mes priorités a été de redynamiser ces patients, de les sortir de cette torpeur, d'essayer de les rendre actifs à nouveau.

Après de nombreuses discussions avec le staff syrien et les patients, sur leurs centres d’intérêts et leurs attentes, nous avons élaboré ensemble un premier programme.  Les activités proposées étaient tant sportives, qu'artistiques, intellectuelles ou informatives.

Le programme établi a changé au cours du temps, d'après les remarques et suggestions des divers intervenants.  Le public ciblé était large, des patients de tous âges, souffrant de pathologies variées, il fallait donc contenter tout le monde!

Avoir de bonnes idées et de bonnes intentions ne suffit malheureusement pas dans un pays où le futur est difficile à imaginer, où chaque jour apporte son lot de catastrophes.

Tant le staff que les patients, tous font partie d'un même peuple meurtri, un peuple qui a déjà dû subir une ribambelle de changements et qui aspire à la tranquillité. Il a donc été difficile de motiver les troupes, de sortir les patients de leurs chambres, mais aussi de convaincre le staff des bénéfices de ces activités.  C'est un travail de longue haleine, qui demande beaucoup d'énergie. Un jour, l’un des médecins syriens s’interrogeait: "Comment épauler un patient dépressif quand nous sommes nous-mêmes dans cet état d'esprit?"

Excellente question, en effet…En tant que personnel envoyé par Médecins du Monde, nous nous devons d’aider les membres de ce staff, pas seulement en leur transmettant des connaissances médicales mais aussi en les accompagnant pour leur donner l’énergie et le courage d’aller de l’avant et de donner le meilleur d'eux-mêmes …

Ces activités, - qui stimulent tant les patients que le staff ! -, leur permettent de bouger, d'être confrontés au monde extérieur et d'apprendre à connaître leurs limites.  En tant que kinés, cela nous permet alors de travailler avec eux sur les difficultés rencontrées.

Elles ont pour but de rendre le patient plus indépendant pour ensuite faciliter sa réinsertion sociale.
Je pense à ce patient paraplégique qui se réfugiait dans le sommeil et n'avait plus utilisé sa chaise roulante depuis des mois. A cette dame, amputée au niveau de la jambe, qui était honteuse de sortir de sa chambre et de s'exposer ainsi aux regards des autres.  A  ce jeune patient tétraplégique, ancien bon joueur dans une équipe de volleyball, qui n'avait plus le goût de bouger.
Le premier sort (presque) tous les jours, que ce soit pour prier, pour participer aux activités ou pour chanter avec ses compagnons d'infortune.  La seconde s'est mise sur son trente et un pour venir assister à un match de football et a commencé à fréquenter la salle de kiné.  Le troisième participe régulièrement aux activités sportives adaptées et prend même la casquette de coach, aux côtés des kinés.

Voir des sourires sur ces visages blêmes, voir de l'éclat dans ces regards fatigués, voir ces patients se remettre en mouvement, c’est le signe d’un nouveau départ, d’une possible reconstruction…Et c’est pour ces moments-là que je fais ce métier ! »