Témoignage : Korlia Bonarwolo a survécu à Ebola

Témoignage : Korlia Bonarwolo a survécu à Ebola

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Korlia Bonarwolo a 25 ans. En juin 2014, il a contracté le virus Ebola. Aujourd'hui guéri, il témoigne pour Médecins du Monde.

Comment avez-vous attrapé Ebola?
Je suis auxiliaire médical, je prenais soin d’une infirmière à l’époque. Je ne savais pas qu’elle était malade. Plus tard, ses résultats se sont avérés positifs. Puis elle est morte. Un peu plus d’une semaine plus tard j’ai commencé à avoir des symptômes. J’ai eu de la fièvre en premier, beaucoup de fièvre, je me sentais faible, j’avais des douleurs articulaires. Ça s’est empiré pendant deux jours. Le troisième jour, j’ai reçu mes résultats de l’hôpital. J’ai dû aller au centre de traitement.

Lequel?
Celui de JFK à l’époque.

En juin, ne pouviez-vous pas vous protéger lorsque vous avez vu votre collègue affaiblie et apparemment malade? N’aviez-vous pas le matériel adéquat pour vous protéger?
Non. A l’époque, il n’y avait pas encore d’équipements de protection personnelle. J’étais exposé. Je n’avais aucune protection. Je ne savais pas qu’elle avait contracté Ebola. Vous savez, Ebola est un étrange virus. Ca arrive très vite. On n’a jamais vu ça dans le monde. Le fait de ne rien savoir sur la gestion de cette maladie a été un réel défi pour les travailleurs de santé qui s’est soldé par de nombreux décès dans la profession.

Combien de temps avez-vous été malade? Combien de temps avez-vous souffert d’Ebola?
J’ai séjourné dans un centre pendant trois semaines. Puis j’ai pu quitter le centre grâce à mes résultats. Négatifs, par deux fois. Ils font les tests à chaque fois. En fait, le premier test était positif mais le dernier test était négatif. Suite à mes résultats, j’ai pu partir.

Comment vous êtes vous senti? Avez-vous eu peur?
Lorsque je suis arrivé au centre, c’était horrible. Je sentais la mort. Je voyais la mort à cause de ce qui se disait sur les gens qui avaient Ebola. Leurs chances de survie étaient quasi nulles. Cette pensée omniprésente était horrible. C’était très dur mais Dieu nous a aidés…

Avez-vous de la famille ici? Sont-ils venus vous rendre visite?
Les membres de la famille n’ont pas le droit de rentrer ici, ils n’ont pas le droit de vous parler, ou quoi que ce soit d’ailleurs. Certains proches m’amenaient de la nourriture et d’autres, d’autres choses, mais ils devaient s’arrêter aux portes. Les travailleurs de santé s’en faisaient le relai. J’étais en contact permanent avec ma famille parce que j’avais pris mon téléphone portable avec moi au centre. Je pouvais donc leur parler à chaque fois qu’ils appelaient pour me souhaiter courage et me redonner espoir.

Etes-vous marié?
Pas exactement mais je vis avec une femme, ma petite amie.

Avez-vous des enfants?
Non.

Après avoir quitté le centre, comment se sont comportés les autres avec vous ? Vous sentiez-vous stigmatisé ?
Oui. La stigmatisation est un problème. Lorsque je suis sorti du centre et que je suis rentré chez moi, les membres de ma famille ont été très accueillants. Certains membres de la communauté ainsi que  certains paroissiens sont venus me rendre visite. Mais les gens se tenaient à grande distance pour me parler. 

Plusieurs mètres ?
Oui, à plusieurs mètres. Mais je restais là. On a essayé de gérer ces défis. On a essayé de faire comprendre aux gens qu’une fois qu’on a vaincu le virus Ebola, on n’est plus contagieux.

Maintenant tout cela est fini. Vous sentez-vous de nouveau un membre légitime de votre communauté ?
Oui.

Quand et où avez-vous recommencé à travailler?
Comme je vous l’ai dit, je suis auxiliaire médical. Lorsque je suis sorti du centre, ça m’a pris un peu plus d’un mois parce qu’il y avait d’autres complications. Je devais m’en occuper. J’étais très mal en point. J’étais faible et j’avais perdu du poids.

Combien de kilos?
J’ai perdu plus de huit ou dix kilos.

Il vous fallait donc du temps pour vous remettre d’aplomb?
Oui, j’avais besoin de temps pour récupérer de la force et essayer de faire d’autres choses. En fait, c’est le ministère de la santé qui m’a appelé pour la coordination des activités des survivants. Je pilote ce groupe. On essaie de monter notre propre association en tant que groupe de survivants, pour mener un plaidoyer et parler de cette stigmatisation et recréer de bonnes conditions de vie pour les survivants. Certains souffrent de cette stigmatisation, parfois même au travail. Certains ont perdu leur emploi. On veut donc gérer ces problèmes ensemble via cette association et peut-être pouvoir apporter notre aide.

En effet, car il y a quelque chose que les gens oublient. Une fois le virus Ebola vaincu, on en est immunisé et on peut apporter son aide sans aucun risque de contamination…
De nombreux survivants apportent leur aide aux centres de traitement contre le virus Ebola dans de nombreux domaines. Ils viennent en soutien psychologique aux malades, ils travaillent comme  hygiénistes ou autre… Certains viennent également en aide aux orphelins dont les parents ont succombé au virus car les survivants d’Ebola sont les seuls qui peuvent s’occuper de ces enfants pour le moment parce que beaucoup de gens ont peur d’eux. Ils assument donc de nombreuses fonctions dans ces centres. La présence de survivants dans les formations est très importante car ils peuvent informer les cliniciens sur les bonnes pratiques dans les centres et leur montrer comment ils peuvent améliorer la prise en charge des patients. Ils contribuent donc beaucoup à la lutte contre ce virus de toute part.

Vous êtes également porteur de beaucoup d’espoir…
Oui, en faisant savoir au monde entier que j’avais survécu… Les gens m’ont vu à la télé. Rien que ça, ça donne de l’espoir. Ça a permis de réduire la peur que les gens ont lorsqu’ils doivent aller dans ces centres parce qu’ils avaient peur de mourir, de se faire pulvériser de produits et toutes sortes de choses. Rien que ça a permis d’encourager beaucoup de gens à se rendre volontairement dans ces centres.

Avez-vous été interviewé?
Oui, par la ELBC, une radio nationale. Je suis passé sur beaucoup de radios et de télévisions locales ou internationales. Beaucoup d’interviews.

Vous avez donc expliqué que l’on peut survivre en suivant des mesures préventives précises ?
Oui. Pour éviter de contracter ce virus, vous devez respecter certaines précautions. Ne pas toucher, laver ses mains, pas de contacts physiques avec des gens malades ou qui semblent avoir des douleurs. Ne pas transporter de cadavres et ne pas se rendre dans des endroits surpeuplés. Des messages communs. Expliquer qu’Ebola ne signifie pas que l’on va forcément mourir. On peut y survivre et on améliore ses chances de survie lorsque l’on se rend tôt aux centres de traitement.

Vous avez été malade et avez beaucoup souffert. Certains se diraient que c’en est assez pour eux. Mais vous, vous vous êtes totalement engagé et travaillez dur pour aider les autres. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi ? Est-ce que c’est votre devoir ?
Oui. Je sers l’humanité. J’aime donner aux autres. Surtout ce que j’ai appris. J’aime voir les gens jouir de ce qui leur appartient. Tout le travail de plaidoyer que nous menons n’est pas pour moi ; je pourrais facilement travailler à l’hôpital ou dans un centre pour mon compte. Mais on fait cela en équipe et piloter ce travail est une bonne initiative qui aidera d’autres personnes qui ne peuvent pas le faire. Beaucoup de gens ne veulent pas être au devant de la scène et faire ce genre de choses. Donc, ce genre d’initiatives va également renforcer les survivants à long terme.

Combien de travailleurs médicaux ont succombé à Ebola?
Environ 150 personnes.

Travaillez-vous avec Médecins du Monde / Doctors of the World ou est-ce Pierre qui vous a invité à venir me parler ?
Oui, il m’a appelé hier pour prendre part au programme.

Que pensez-vous du travail des ONG internationales ici au Libéria en ce temps de crise ? Est-ce que cela a été suffisant, ou pas ? Leur présence a-t-elle été rassurante ?
Certaines font du mieux qu’elles peuvent afin de soutenir le gouvernement dans sa lutte contre le virus. Cette lutte ne peut être menée par une personne seule. C’est un effort conjoint entre toutes ces ONG, d’autres structures internationales et le gouvernement du pays afin de contenir la propagation du virus et de l’éradiquer totalement du pays. J’apprécie cet effort et pense qu’ils font un excellent travail. Nous appelons juste à faire davantage pour que notre pays soit enfin libéré du virus Ebola.

Merci beaucoup…
Merci beaucoup…

Propos recueillis par Luc Evrard (Médecins du Monde).