Rapport européen - Démanteler le mythe du tourisme médical

Rapport européen - Démanteler le mythe du tourisme médical

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La migration pour raisons médicales reste un mythe, aussi bien en Europe qu’en Belgique. En outre, de plus en plus de recommandations européennes défendant le droit des personnes vulnérables à un accès aux soins restent encore trop souvent lettre morte. C’est ce qui ressort du rapport de l’Observatoire européen de l’accès aux soins, publié chaque année par Médecins du Monde.
Le rapport européen se base sur des consultations avec 22 171 patients effectuées dans neuf pays. Il offre un aperçu des conditions de vie, de santé et d’accès aux soins des habitants les plus vulnérables d’Europe : les plus pauvres, les migrants, les sans-abri, les citoyens européens mobiles, les consommateurs de drogue et les travailleurs sexuels. Parmi ceux-là, neuf sur dix vivent sous le seuil de pauvreté et 65% occupent un logement non stable ou temporaire.

Une large majorité (93,6%) des patients interrogés est de nationalité étrangère et 78% proviennent de l’extérieur de l’Union Européenne. Constatation révélatrice : le soi-disant « tourisme médical » se révèle être un mythe. À peine 3% des personnes ayant émigré l’ont fait pour des raisons de santé, et les migrants restent en moyenne 6,5 ans en Europe avant de venir pour la première fois chercher de l’aide chez Médecins du Monde. En Belgique, ce chiffre est de près de 3 ans. Enfin, plus de 90% des patients atteints d’une maladie chronique ne sont pas au courant de leur condition avant d’arriver en Europe. « Nous demandons aux décideurs politiques de ne plus utiliser cet argument pour justifier une décision qui exclut délibérément les migrants du système des soins de santé, » résume Pierre Verbeeren, Directeur de Médecins du Monde.

Cette année encore, il apparaît que les personnes vulnérables ne sont pas soignées correctement en Europe : 63% n’ont aucun accès aux soins, principalement à cause de lois restrictives qui excluent certains groupes. « En Belgique, ce chiffre grimpe jusqu’à 92%. Ce pourcentage élevé chez nous s’explique en partie par les barrières administratives et les procédures complexes, » explique Pierre Verbeeren. Au total, 20,4% finissent par abandonner leur recherche d’aide et 15% ont déjà fait face à un refus de soins. Plus interpellant : 5% ont été confrontées à du racisme de la part du personnel soignant.

Les femmes et les enfants sont particulièrement touchés. Bien que l’accès aux soins pour les femmes enceintes et les enfants soit reconnu comme un droit fondamental, plus de la moitié (54%) des femmes enceintes vulnérables en Europe n’ont pas accès à des soins prénataux. À peine un tiers (34%) des enfants est vacciné contre les oreillons, la rougeole et la rubéole.

Les recommandations et les rapports européens reconnaissent de plus en plus l’impact négatif de la crise, notamment des mesures d’austérité, sur la santé des personnes les plus vulnérables. Malgré cela, il y a peu d’améliorations pour ces groupes de personnes toujours plus importants.

Médecins du Monde appelle l’Union Européenne et ses États membres à transformer leurs multiples déclarations en actes concrets. Un travail doit être fait pour une politique de santé qui inclut les personnes vulnérables et malades, plutôt qu’une politique d’exclusion comme c’est le cas actuellement. En priorité, les enfants doivent avoir accès à des soins pédiatriques, et les femmes enceintes doivent avoir plus facilement accès à des méthodes d'interruption de grossesse et à des soins pré- et postnataux, en Belgique également.
Les données et le rapport complet sont disponibles en français et en anglais.
 
Contact presse :
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