Qu'est-ce qu'une famine ?

Qu'est-ce qu'une famine ?

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« Qu’est-ce qu’une famine ? » me demandent les journalistes que j’accompagne. La réponse peut être technique, humanitaire, politique ou encore simplement humaine. Témoignage de Pierre Verbeeren, Président du Consortium 12-12

Techniquement, on déclare une région en situation de famine lorsque 3 critères sont rencontrés. Lorsque plus de 30% des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition (dite aiguë sévère), lorsque chaque jour, deux enfants de moins de 5 ans meurent par tranche de 10.000 habitants et lorsque la nourriture disponible par habitant est inférieure à 2100 calories et 4 litres d’eau. Il faut relire deux, trois ou quatre fois cette définition pour sortir des statistiques et s’imaginer une population dans une telle détresse.

Sur le plan humanitaire, une famine, c’est la mobilisation générale. Plus rien ne compte d’autre que sauver des vies. S’il n’y a pas d’eau, il faut organiser un balai de camions citernes de là où on peut en trouver jusque-là où les gens en manquent. Il faut la distribuer, la stocker, la puiser et l’assainir. Oxfam, l’Unicef, Caritas, Plan et Handicap International œuvrent beaucoup dans ce domaine, souvent sous la coordination de l’Unicef. Même chose pour la nourriture, où le Programme alimentaire mondial sert de pivot. Lorsque se déclare une famine, c’est la mobilisation générale des organisations de santé, comme Médecins du Monde, l’Unicef et Plan (parce que les enfants sont les premières victimes). Il faut identifier les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes qui souffrent de sous-alimentation (de malnutrition). Cela signifie un déploiement d’équipes dans tous les villages, dans les villes, et même auprès des nomades. Il faut mesurer, peser, distribuer des suppléments alimentaires. Là encore, la logistique joue un rôle majeur : stocker ces suppléments alimentaires, les acheminer par camion jusque dans les villages les plus reculés, distribuer, contrôler encore et chaque semaine que les enfants reprennent du poids et de la vitalité… Lorsque la sous-alimentation est trop importante, le corps humain se nourrit de lui-même, l’immunité est défaillante et chaque virus qui passe, chaque microbe devient une menace. 15 à 20% des enfants malnutris sont touchés, par la rougeole, par des problèmes respiratoires, par des infections diverses que leur corps n’arrivent plus à combattre. Il faut alors les envoyer dans ce qu’on appelle un centre de stabilisation.  S’ils y arrivent, et l’enjeu est là, ils sont sauvés parce qu’ils recevront les soins voulus. Mais il faut les identifier, les transporter, avec un membre de leur famille, quasiment toujours les mamans. Ah, les mamans. Où sont les hommes ? Enfin, lorsqu’on fait face à une famine, tous les soins de santé se mobilisent, autour des femmes enceintes d’abord, pour surveiller les grossesses. Ensuite, autour des risques d’épidémies parce que si l’eau manque, là où elle stagne, elle risque de contaminer le bétail et la population. Le choléra et les diarrhées se greffent très souvent sur les famines et les crises alimentaires. C’est le cas notamment en Somalie et au sud Soudan. Là encore, on retrouve l’Unicef et Médecins du Monde, avec d’autres ONG.

Politiquement, une famine, c’est toujours une défaillance de l’Etat. Des Etats trop faibles pour protéger leurs populations, pour assurer les cultures, l’assainissement de l’eau, ou l’importation de nourriture ; ou des Etats trop belliqueux dont le pouvoir s’établit sur la détresse des peuples qu’ils gouvernent.

Et humainement, c’est triste à pleurer. Ce sont des regards suppliants, l’anxiété dans toutes les familles, le risque de succomber à la moindre défaillance, et les prédateurs qui rôdent pour tirer profit de la misère. Humainement, c’est aussi la solidarité qui sauve, l’immense intelligence collective qui se met en mouvement. C’est ce voyage que je fais aujourd’hui, petit maillon dans une grande chaîne dont l’impact se mesure chaque minute.