Passer l’hiver dans un entrepôt – récits depuis les camps de réfugiés de Thessalonique (Grèce)

Passer l’hiver dans un entrepôt – récits depuis les camps de réfugiés de Thessalonique (Grèce)

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Thessalonique, janvier 2017

À l’extérieur, il fait -5°. On dirait que la neige va tomber, mais les flocons sont trop rares pour tenir au sol. On dirait que même eux trouvent qu’il fait trop froid pour se montrer aujourd’hui.

Au camp d’Oreokastro, un entrepôt à la périphérie de la ville, des hommes, des femmes et des enfants venus de Syrie ou d’Irak sont confrontés aux réalités hivernales de la Grèce. Et malgré leurs efforts, ils ne s’en sortent pas très bien. « Tout le monde est malade ici. Nous sommes malades depuis deux semaines, » raconte Rizan Poyraz, réfugié d’Alep. « On a des médicaments, mais ça ne change rien. C’est à cause du froid. Il fait très, très froid ici. »

À Oreokastro, comme dans d’autres camps, les réfugiés et les organisations travaillent ensembles pour résister aux assauts de l’hiver. Mais à Oreokastro, comme dans d’autres camps, l’approvisionnement en électricité est incertain, avec des coupures régulières et souvent longues. Le froid intense mord la chair et pénètre même les couvertures et les vêtements.

Tenter de trouver un peu de chaleur

Dans les entrepôts, les gens se pressent les uns contre les autres. Ils allument des feux dans l’espoir d’en retirer un peu de chaleur. Quand le vent se calme, ils les allument à l’extérieur. Mais aujourd’hui, le vent souffle fort depuis les montagnes couvertes de neige. Les feux ne tiennent qu’à l’intérieur. Cela aussi, provoque des problèmes de santé pour les réfugiés.

« Il y a de la fumée dans tout le camp à cause de ce feu, » explique Rizan en indiquant un groupe de personnes assis en rond autour d’un feu. « C’est dangereux, ça rend les gens malades, mais qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? Comment rester au chaud ? »

« Bien sûr c’est dangereux, » ajout une jeune femme, maman de trois enfants. « Mais nous avons froid. Nos enfants ont froid. On a des radiateurs, mais pas d’électricité. Nous avons besoin d’électricité. » De l’autre côté de la ville, au camp de Redestos, on retrouve les mêmes problèmes, les mêmes solutions et les mêmes conséquences. « Les gens n’arrivent pas à dormir. Ils sont désespérés. Certains se résignent à contre cœur à prendre des médicaments pour dormir. Pour entretenir les feux, ils brulent tout, même les couvertures ou du plastique. Ça nous rend malade… »

Les jours suivants, les températures ont encore chuté, jusqu’a -8°. La neige a suivi, recouvrant le sol d’une épaisse couche blanche.

Malgré le travail des organisations et des réfugiés, le fait est là : aujourd’hui, dans un état européen, des personnes ayant fui la guerre se retrouvent confrontées à des conditions qui menacent leur vie et leur santé.

De nombreux réfugiés ont été transférés dans des hôtels de la région. Mais 150 personnes se trouvent toujours à Oreokastro et Redestos, et beaucoup d’autres à Diavata, Lagadikia et ailleurs en Grèce. Une solution temporaire : les camps seront de nouveau pleins quand les réfugiés présents sur les îles (Chios, Lesbos, etc.) seront transférés sur le continent.