Nous sommes tous Médecins du Monde : Jef, infirmier à Ostende

Nous sommes tous Médecins du Monde : Jef, infirmier à Ostende

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Il y a un an et demi déjà, Médecins du Monde lançait son antenne à Ostende. Depuis, chaque jeudi, nous y soignons des personnes en situation de précarité, des sans-abris, des migrants en transit et des réfugiés. Une dizaine de volontaires y travaillent. Jef est l’un d’eux, et nous lui avons posé quelques questions.

« Les personnes que j’aide pour Médecins du Monde sont pour la plupart des personnes en marge de la société : des Ostendais tombés dans la précarité, de jeunes réfugiés en transit, mais aussi des sans-abris plus âgés. Quand tu ne peux pas payer de loyer, même celui d’une habitation sociale, tu te retrouves à la rue. Une fois dans la rue, tu n’as plus le droit aux allocations car tu ne possèdes pas d’adresse fixe. C’est pour cela que ces personnes viennent chez nous. 

Les sans-papiers aussi se rendent chez Médecins du Monde : ce sont parfois des demandeurs d'asile dont la demande a été rejetée, mais aussi des réfugiés qui se sont blessés en tentant la traversée vers l’Angleterre. Certains d’entre eux sont victimes de violence : nous soignons alors leurs blessures qui viennent d'altercations. »

Avant de rejoindre Médecins du Monde, Jef travaillait dans un hôpital. Il nous décrit en quoi ses tâches ici sont différentes de celles qu'il effectuait là-bas : « Les demandes sont différentes, la motivation est différente, les ressources sont différentes. À l’hôpital, tu restes dans un cadre défini et tu sais exactement en quoi consiste ton travail. Chez Médecins du Monde, tu n’as pas ça. Une personne arrive, souvent avec ses bagages, et tu ne sais pas vraiment ce dont elle a réellement besoin. Surtout en hiver : ils ont froid, ils ont mal, ils ont faim, ils ont soif, ils ont de tout et ils te demandent quand même des médicaments. La question est alors de savoir s'ils ont réellement besoin de ces médicaments ? »

Jef pense que, dans le futur, de plus en plus de monde se retrouvera à la rue. « Partout on rationalise, on fait des économies, on compte sur des volontaires pour faire le travail. Et des volontaires, il y en a de moins en moins qui sont disponibles. Les gens sont de plus en plus occupés et doivent se concentrer d'abord sur leurs propres soucis. C'est pour cela que la souffrance des autres les touche de moins en moins. En détournant le regard de la souffrance des autres, tu ne la vois plus. De plus, à Ostende, la pauvreté n’est pas extrêmement présente. Il n’y pas de sans-abri ou de mendiant à chaque coin de rue. Tu peux donc ignorer le problème et avoir l'impression qu'il n'existe pas. »

Lorsqu'on lui demande ce que ce travail signifie pour lui, Jef répond : « Les gens qui viennent chez nous sont des personnes qui ont besoin d’aide et qui ne peuvent pas en trouver ailleurs. Je me sens satisfait, même si je sais que je ne peux jamais complètement les soigner. Offrir un verre d’eau pour quelqu’un qui a soif, c’est à ce que tu peux le comparer. Ça aide. C'est une petite différence que tu peux faire. »