Migrants et policiers, le face-à-face perpétuel (Calais)

Migrants et policiers, le face-à-face perpétuel (Calais)

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Vous êtes sans doute très nombreux à vous demander pourquoi j’ai décidé d’abandonner un moment la présentation du JT de la RTBF pour plonger, appareil photo en bandoulière, dans la fournaise du camp de migrants de Calais. Un presque bidonville dans la ville, aux allures de « No man’s land ». - François de Brigode

Tout commence il y a quelques jours, lors du vernissage de l’expo « Nuages » à Liège. Le directeur général de Médecins du Monde Belgique, Pierre Verbeeren, me dit en boutade: « Tu verras, tu feras un jour du photojournalisme ». Un peu naïvement, je lui réponds : « Non, non, je veux rester dans mes nuages. »

La conversation s’engage très rapidement sur l’action de Médecins du Monde. En quelques mots, il me précise que, plutôt que les actions spectaculaires de certaines ONG, Médecins du Monde préfère les aides discrètes comme les soins apportés par des bénévoles dans le camp de migrants de Calais où il y a près de 3000 réfugiés. Je lui dis: « Je voudrais voir cet endroit et ce qu’est une aide discrète. »

A la rencontre des migrants de Calais

Quelques jours plus tard, nous partons, lui et moi, à la rencontre de ces migrants qui tentent par tous les moyens d’embarquer dans des poids lourds pour rejoindre la Grande-Bretagne. L’Angleterre est en effet beaucoup plus tolérante sur le plan de la législation du travail pour un certain nombre de clandestins.

A notre arrivée à Calais, un premier choc : on découvre, à quelques centaines de mètres des quais d’embarquement de camions vers l’Angleterre, un squat en pleine ville. Derrière les bâches extérieures, moins de 15 mètres carrés où sont entassés une vingtaine de migrants. Là, Ibrahim, un Erythréen, nous parle de son espoir de trouver du travail avec ses amis.

Ce jour-là, face à mon objectif, il va tenter de s’embarquer avec d’autres à l’arrière d’un camion. Une centaine de réfugiés vont alors entamer une course-poursuite pour tenter d’échapper à la gendarmerie française. La partie de cache-cache se passe sous haute tension, mais la violence de part et d’autre reste quand même contenue. Ibrahim et ses amis rateront leur embarquement mais sont prêts à recommencer pour échapper à leur vie dans le camp de Calais, un camp surnommé « La jungle ». Un surnom qui veut dire beaucoup de choses.

Le sourire de l’espoir

Dans cette « jungle », ils sont près de 3.000 à tenter de survivre dans des semblants d’abris. Ma rencontre avec eux, dans un premier temps, est teintée de méfiance. Ils n’ont pas envie de se faire photographier. Ils me feront découvrir ce qu’il faut bien appeler leur lieu de vie où l’on peut croiser, quand même, des réfugiés souriants. Ils ont, comme ils disent, le sourire de l’espoir. C’est-à-dire qu’ils rêvent de quitter cette fameuse jungle. Beaucoup viennent d’Érythrée, de Syrie, de plusieurs pays d’Afrique, d’Irak. Ils veulent travailler pour vivre tout simplement sans peur, après avoir connu l’horreur de la guerre. Ibrahim me fera aussi découvrir, dans ce camp, des endroits étonnants comme cette église géante construite en carton-pâte au milieu de nulle part. Ibrahim, comme d’autres n’a évidemment pas de moyens de la construire en dur. Mais ce lieu hors du temps montre aussi qu quelles que soient les situations, dans les pires moments, il est toujours possible de bâtir quelque chose. Un autre moment étonnant dans ce camp, c’est quand je peux photographier cet écriteau sur lequel on peut lire : « Ici, on vaccine contre le racisme. » Ibrahim et ses amis espèrent surtout, eux, un vaccin pour un monde meilleur, loin de la barbarie.

 

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Vous pourrez découvrir le reportage complet dans le Soir Magazine (16/06)
Photos: François de Brigode (www.debrigode.com)