Migrants à Bruxelles - Si un consensus entre les différents niveaux de pouvoir n’est pas possible, quel rôle pour les autorités locales ?

Migrants à Bruxelles - Si un consensus entre les différents niveaux de pouvoir n’est pas possible, quel rôle pour les autorités locales ?

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Partout en Europe, des villes et des communes se retrouvent au-devant de la scène parce que des migrants y échouent en nombre après avoir été refoulés d’ailleurs. Elles se retrouvent confrontées aux effets de politiques qui ne sont pas les leurs. Partout en Europe, elles doivent choisir entre la main tendue et la matraque. La force et l’exclusion ne sont pas une fatalité. Ce sont des choix.

Le maire de Palerme, Leoluca Orlando affirme que tous les résidents de la ville de Palerme sont Palermitains et qu’il faut « abolir le permis de séjour, la peine de mort de notre temps et nouvelle forme d’esclavage pour les gens qui arrivent ». Le maire de Grande-Synthe, Damien Carême envoie au Président de la République trois photos, chacune montrant un enfant survivant dans les forêts jouxtant la commune après l’incendie du camp qu’il avait fait construire. La maire de Paris, Anne Hidalgo, plaide pour la création de nouvelles places d’hébergement sur toute la France avec « l’ouverture d’autres centres de premier accueil sur le modèle de celui [qu’elle a ouvert à] La Chapelle »... En France encore, l’appel des maires solidaires a récolté plus de cent signatures.

Philippe Close et Bernard Clerfayt [bourgmestres des communes de Bruxelles et de Schaerbeek] ne sont pas responsables de ce qui arrive au Parc Maximilien et à la Gare du Nord. Depuis début août au moins, ils interpellent le pouvoir fédéral dont la politique migratoire, concertée au niveau européen, porte la responsabilité de l’errance et de l’indignité dans lesquelles sont plongés quelques centaines de migrants, Erythréens et Soudanais pour la plupart.

Philippe Close et Bernard Clerfayt peuvent toutefois rendre un peu d’humanité à ceux qui se la voient refusée. Ils peuvent le faire seuls, sans l’aide du Fédéral. Ils peuvent seuls décider d’écouter ce que leur disent leurs polices locales : « Les rafles de ces derniers jours sont un puits sans fond ». Ils peuvent légalement décider de ne pas collaborer à une politique qu’ils subissent. Les interventions actuelles sont le fruit d’une décision politique commune entre le Fédéral et les deux bourgmestres. La Police n’est que l’exécutant de ces ordres. Et si l’on prend la peine d’écouter les forces de police, elles constatent que l’essentiel des éloignements s’opèrent dans le cadre du règlement de Dublin, c’est-à-dire que la Belgique renvoie les migrants non pas dans leur pays d’origine mais dans le pays européen où ils ont été pour la première fois enregistrés (ce qui revient à déplacer et reporter le problème au prix d’une humiliation et parfois de violences). Les forces de police constatent que l’arrestation n’est pas la meilleure manière de venir en aide aux mineurs. Les policiers savent qu’arrêter une mère, c’est parfois laisser un enfant seul dans la ville. Ils doivent gérer les stress post traumatiques des personnes qui n’arrivent plus à surnager après tant d’obstacles. Toutes situations vécues ces derniers jours et dont peuvent témoigner les policiers.

Les Bourgmestres peuvent seuls mettre un abri à disposition des migrants et passer des conventions avec des services d’accueil, à l’image de la convention signée ce jour même avec la Ville de Bruxelles pour la mise à disposition par d’un local pour accueillir les consultations médicales. La dignité humaine n’est pas une compétence exclusive du pouvoir fédéral.  Les autorités de Bruxelles et de Schaerbeek mènent d’ailleurs et fort pertinemment plusieurs politiques d’aide de première nécessité, à l’intention des personnes sans-abri, victimes de violences, ayant perdu leur maison dans un incendie, etc. Les CPAS locaux jouent un rôle de premier ordre puisque leur mission est de « garantir à chacun de vivre dans les conditions respectueuses de la dignité humaine ». On doit donc imaginer que le silence du Bourgmestre et du CPAS de la Ville de Bruxelles cache la préparation d'une solution, comme on peut trouver particulier de voir la commune de Schaerbeek se contenter de regretter l’inaction du fédéral en matière de dignité, alors que tous deux mettent en œuvre la politique strictement répressive préconisée par… le fédéral.

Médecins du Monde accompagne les migrants dans 40 localités européennes. Médecins du Monde accompagne aussi la plupart de ces localités dans les décisions difficiles qu’elles doivent prendre pour garantir contrôle et protection. Médecins du Monde demande aux autorités locales de Bruxelles et de Schaerbeek de mettre un terme aux opérations de police et d’entamer, avec les polices locales, un dialogue avec les services qui œuvrent quotidiennement en faveur d’un contrôle réel de la situation et d’une protection des personnes exclues. La dignité des migrants, la quiétude des riverains, le bon fonctionnement de la gare, l’efficacité des interventions policières et peuvent trouver des solutions concertées, sans avoir à opposer les uns aux autres.