Maggie De Block risque de mettre toute la société à contribution au bénéfice des entreprises pharmaceutiques

Maggie De Block risque de mettre toute la société à contribution au bénéfice des entreprises pharmaceutiques

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Les discussions en cours sur le budget 2019 montrent que les dépenses du secteur pharmaceutique conduiraient à un dépassement de plus de 500 millions d’euros, ce qui plombe tout le budget des soins de santé. Sans changement de direction par le Gouvernement, il y a un risque que ce soit toute la population belge qui doive combler ce trou… via une diminution des services rendus ou via une augmentation de la quotepart des patients.

Pour 2018, l’INAMI s’attend déjà à un dépassement structurel de l’objectif budgétaire de 150 millions d’euros. Derrière ce chiffre, il y a des tendances différentes : certains secteurs dépensent plus, d’autres moins. Le secteur pharmaceutique dépasse lui de 318 millions d’euros le budget initialement prévu. Sur ces 318 millions, au moins 100 millions peuvent être récupérés grâce à une taxe sur ledit secteur pharmaceutique, le reste étant à charge du budget de la sécurité sociale qui devra faire des économies comme les années précédentes.

Pour 2019, l’INAMI estime que les dépenses dépasseront de 503 millions d’euros le montant autorisé par la loi (en se basant sur une croissance réelle du budget de 1,5%). Les médicaments à eux seuls représenteront 4,68 milliards de dépenses, soit 537 millions d’euros (12%) de plus que le montant convenu en 2018 dans le Pacte d’Avenir avec l’industrie (aucun accord n’a été conclu pour 2019).

Selon la Ministre Maggie De Block (Knack, 5/07/2018), le dépassement de plus de 500 millions d’euros annoncé pour 2019 s’explique principalement par le succès des nouveaux traitements contre le cancer, plus spécifiquement des nouveaux traitements d’immunothérapie. Pour la Ministre, il n’est pas question d’économiser sur les traitements contre le cancer. D’accord… mais les prix très élevés de ces traitements prometteurs remettent en question tout le budget des soins de santé.

« Le prix de ces nouveaux médicaments est défini à la signature des contrats, » explique Xavier De Béthune, directeur médical de Médecins du Monde. « Combien en retirent les entreprises pharmaceutiques, cela reste un secret. Mais en sachant l’immunothérapie a coûté 255 millions d’euros de plus que prévu, on peut se poser de sérieuses questions sur qui sort gagnant de ces contrats : les entreprises, dans tous les cas, c’est certain. Mme De Block n’a donné aucune indication sur la manière dont elle va réguler l’industrie pharmaceutique. »

Dans les discussions en cours sur le budget 2019, le gouvernement a donc trois possibilités :

  • Soit l’industrie pharmaceutique peut continuer à surconsommer. La santé ne devra pas économiser 500 millions d’euros mais 200 millions. Mais alors, il faudra trouver ces 300 millions dans d’autres secteurs que la santé pour respecter la norme budgétaire, ce que propose la Ministre. Il faudra donc bien regarder qui paie l’addition.
  • Soit le gouvernement met la priorité sur les nouveaux médicaments mais demande à sa ministre de la santé de faire quand même 500 millions d’économie. C’est au secteur de la santé à financer les dépenses exponentielles du secteur pharmaceutique. 
  • Soit le gouvernement responsabilise les entreprises pharmaceutiques présentes en Belgique en veillant à ce que d’autres pays européens s’inscrivent dans la même démarche pour changer le bras de fer sur la menace de délocalisations.

Médecins du Monde dénonce une nouvelle fois cette situation qui pose trois problèmes :

  • Les nouveaux médicaments et la manière dont leurs prix sont fixés mettent la sécurité sociale en tension. Il est possible d’avoir accès à ces nouveaux traitements à des prix très largement inférieurs même en finançant correctement la recherche. Cela passe par la transparence sur les négociations avec l’industrie pharmaceutique.
  • Les nouveaux médicaments apportent beaucoup d’espoir (qui restent cependant à valider) mais il y a d’autres besoins importants comme les soins de santé mentale (alors que la consommation de psychotropes continue à augmenter très sensiblement). Il est très important que ces nouveaux médicaments (et tous les autres nécessaires) soient remboursés - mais les prix élevés de ceux-ci risquent de rendre cela rapidement très compliqué.
  • En bout de course, ce sera toute la population belge qui risque de devoir combler le trou budgétaire créé par le secteur pharmaceutique, via une diminution des services rendus - singulièrement via des économies sur des services de première et deuxième lignes - ou via une augmentation de la quotepart des patients.