Médecins du Monde présente ses condoléances à la famille de M. Dansoko.

Médecins du Monde présente ses condoléances à la famille de M. Dansoko.

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Nous, membres des équipes de Médecins du Monde, avons appris le décès de l’un de nos patients. La mort fait malheureusement partie du quotidien des soignants. C’est toujours un échec et une remise en question. Mais ce décès-là nous laisse terriblement amers : notre patient n’est autre que le jeune homme qui s’est immolé par le feu dans les locaux de Fedasil, dans un ultime geste de désespoir. Aujourd’hui, nous sommes en deuil. Nous avons été pris par la colère aussi. Alors, nous avons fait le choix de témoigner, pour donner une histoire à ce Monsieur parti sans qu’on ait compris ce qu’il nous disait.

Oumar Dansoko avait 25 ans. Venu de Guinée, il arrive en Belgique en 2010. Dans un premier temps, il travaille. Ensuite, son contrat n’est pas renouvelé, vu le refus de lui octroyer un permis de travail. La vie devient très compliquée, faite de débrouille et d’expédients. C’est le début des ennuis administratifs : difficultés à payer son logement, problèmes avec les sociétés de transport par manque de moyens, difficultés à trouver de la nourriture….   Nous le suivions médicalement et socialement depuis octobre 2014. Sa situation administrative nous imposait de déposer un réquisitoire auprès des institutions responsables pour chaque acte médical. Avait-il besoin d’une consultation que nous devions obtenir un réquisitoire de FEDASIL. Même chose pour un médicament. Même chose pour une analyse sanguine, etc.. Aujourd’hui, son dossier est lourd. Lourd de paperasseries, de tracasseries, des dizaines de coups de fils, des mètres de fax visant uniquement à garantir des soins de base. Ô, rien de très spécial. Rien de très coûteux. Sauf le temps des épreuves administratives. Et chaque fois, la crainte d’un refus. Et chaque fois, la culpabilité de demander. Et chaque fois, le sentiment de n’être pas reconnu ou accepté.  

 En 6 mois de temps, nous avons rencontré Monsieur Dansoko une  vingtaine de fois. C’était un patient peu bavard. Il a toujours été très correct et bien soigné.  Lors de la dernière consultation, fin mars, nous avons détecté une angoisse plus prononcée. Une angoisse qui l’a conduit à quitter la consultation prématurément. Nous avons cherché à de nombreuses reprises à le contacter pour lui proposer un soutien psychologique et… pour lui annoncer une bonne nouvelle :  nous venions de trouver une Maison Médicale qui était prête à le suivre, socialement, médicalement et psychologiquement.. Nos messages sont restés sur sa boite vocale, rapidement devenue trop pleine. Monsieur Dansoko était sans doute déjà à bout. Une semaine plus tard, il commettait l’irréversible.

 Il est difficile d’expliquer cet acte isolé et nos équipes restent aussi sans réponse. Par contre, ce dossier montre que la charge administrative nous a probablement détournés de sa détresse psychologique. C’est ce que nous voulons  dénoncer : le travail social se trouve englué dans la lourdeur kafkaïenne, ce qui nous empêche de relever la tête et de voir l’homme, avec son désespoir.

 Médecins du Monde présente ses sincères condoléances à la famille de M. Dansoko.

 Stéphane Heymans, coordinateur des projets belges, au nom de Médecins du Monde.