Lettre de Gaza : « Je ne peux pas dormir, je ne peux pas manger »

Lettre de Gaza : « Je ne peux pas dormir, je ne peux pas manger »

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Dr Mai est gynécologue-obstétricien et travaille à Gaza dans le cadre du programme « Santé sexuelle et reproductive» de Médecins du Monde. Elle est âgée de 39 ans et mère d’un enfant de trois ans. Son mari est médecin également. Ils vivent dans leur appartement avec les parents de Dr Mai, tous deux âgés de 70 ans. Ceci est une lettre qu’elle nous fait parvenir depuis Gaza…

« Je ne peux pas dormir, je ne peux pas manger. Nous avons passé toute la nuit dans la cuisine car c’est l’endroit le plus sûr dans l’appartement.

Mes amis à l’étranger m’ont demandé de quitter Gaza et de venir vivre avec eux. Mais hormis le fait qu’il soit quasiment impossible de partir d’ici, je ne peux me résoudre à partir. Je ne veux pas partir. Je ne peux pas supporter l’idée de partir et d’être en sécurité alors que les miens ne le seraient pas. Ici à Gaza, personne n’est en sécurité.

Je suis médecin, je pense aux autres jours et nuits, je ne peux m’arrêter de penser à eux, à la manière de les aider, c’est mon  devoir, je suis médecin, mais c’est tellement dangereux de sortir, et comment pourrais-je laisser mon bébé, et mes parents qui sont si vieux, seuls dans l’appartement ?

C’était plus facile pendant « l’opération plomb durci ». Je pouvais travailler, cela me libérait de mes pensées et m’empêchait de passer la journée à écouter les informations.

Nous avons la chance d’avoir assez de nourriture, tout du moins pour le moment. Nous avons la chance également d’avoir l’électricité deux heures par jours, de 20h à 22h, grâce aux générateurs d’électricité de notre immeuble. Ainsi nous pouvons pomper de l’eau et recharger nos téléphones.

Nous ne regardons pas la télévision, et nous n’utilisons plus l’ordinateur. Mais l’eau est essentielle. Je ne sais pas ce que nous ferions si nous ne pouvions plus en disposer. Quand je pense à ceux qui n’ont même pas d’eau… J’appelle mes amis, ceux qui, je le sais, ont moins d’eau que nous, et leur dit de venir chez nous pour se laver, mais c’est trop dangereux pour eux de se déplacer…Ici à Gaza, aucun  endroit n’est sûr.

Mes collègues des cliniques ou j’ai travaillé auparavant, dans l’ « East Village », m’ont appelé pour me dire qu’une de ces cliniques  avait été complètement détruite par l’armée israélienne, et une autre  occupée. Personne ne peut y entrer.  Par conséquent, tous mes anciens collègues essaient d’apporter de l’aide dans les écoles en distribuant des médicaments et en dispensant des soins médicaux, également via des cliniques mobiles quand c’est possible. Ils disent : « Docteur Mai, nous ne comprenons pas pourquoi l’armée s’est emparée de la clinique. »

Et je ne sais que leur dire. Je ne cesse de pleurer. Et pour ne plus pleurer, il faut que je travaille. J’ai besoin de faire quelque chose pour les autres. Il y a tant à faire, je ne peux pas rester juste là à pleurer.

Le plus douloureux, c’est que la plupart des morts ou des blessés sont des civils. Des personnes comme vous et moi, enfants, femmes, familles, qui sont morts dans leurs propres maisons. Je ne comprends pas ce qui se passe, je n’ai jamais vu ça avant. Je n’ai pas de mots, je n’ai que des larmes. »

Médecins du Monde travaille sur le terrain afin de dispenser les soins médicaux essentiels aux Gazaouis   . Répondez à notre appel urgent pour Gaza, s’il vous plaît, faites un don

Gaza : aidez les civils blessés à survivre

Depuis le début des violences, des centaines de personnes ont été tuées. Les femmes et les enfants sont particulièrement touchés. Avec votre aide, nous pouvons envoyer des docteurs supplémentaires, des médicaments et du matériel médical sur place. Au nom des citoyens blessés, nous vous remercions de votre aide. »