Le jour où le temps s’arrêta : horloges, constructions et santé mentale au camp de réfugiés de Katsikas

Le jour où le temps s’arrêta : horloges, constructions et santé mentale au camp de réfugiés de Katsikas

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Au centre du camp de Katsikas se trouve une horloge. Avec ses quatre côtés peints en noir et blanc, elle a été construite comme un souvenir : souvenir d’un massacre et d’une ville qui occupent encore les pensées des occupants du camp.

Chacun des cadrans de l’horloge (elle en compte quatre, un sur chaque côté) affiche la même heure. Au bas de la tour, un signe : « 19.03.2016. 23:15. Life stopped when we entered Katsikas camp. » (La vie s’est arrêtée quand nous sommes entrés dans le camp de Katsikas).

L’horloge a été construite par cinq hommes. Parmi eux : Amar Zakeet, jeune Syrien de 28 ans. « Elle a deux significations, » explique-t-il. « La première, c’est que notre vie s’est arrêtée quand nous sommes arrivés ici. Il n’y a pas de travail, et il n’y avait pas d’école. Nous en avons construit une, mais ce n’est pas une vraie école. On ne peut pas réellement vivre ici. On ne fait que manger, dormir et attendre. »

En 2011, avant le déclenchement de la guerre en Syrie, Amar travaillait à la construction de l’Université de Homs, sa ville d’origine. Mais dès le début du conflit, il a été témoin d’un massacre. « Les manifestations ont commencé le 20 mars à Homs, » se souvient le jeune homme. « Nous étions nombreux à vouloir montrer notre colère envers Assad, mais nous étions pacifiques. Fin avril, nous étions 5.000. Nous n’avions blessé personne, nous n’avions rien cassé. Et la police a ouvert le feu… Il y a eu beaucoup de mort. C’était horrible d’être dans la foule à ce moment-là. »

Cet épisode est connu sous le nom du « massacre du temps », parce que c’est sur la place où la tuerie a eu lieu que se trouvait une horloge noire et blanche, monument de la ville. C’est cette horloge qui a inspiré la construction du camp de Katsikas. « L’originale a été détruite. Mais les gens continuent à venir y déposer des fleurs. Et partout où nous irons, nous la reconstruirons pour nous souvenir des victimes. »

Après les manifestations, Amar fut arrêté et jeté en prison pour six mois. À sa sortie, il prit part à la résistance contre Bachar el-Assad. Avec sa famille, il se déplaçait sans cesse : Homs, Yarmouk, Idlib, Damas, Alep… Mais fin 2014, Amar réalisa qu’il était temps de s’enfuir. « Daesh arrivait. Et Assad offrait une récompense pour ma capture. Et les bombes… il y en avait tellement. Ce n’était plus sûr pour mes enfants. Ils arrivaient pour me tuer… pour tuer tout le monde. »

 Avec sa femme et ses quatre enfants, Amar a d’abord vécu à Istanbul, en Turquie. Mais le travail était rare et les enfants ne pouvaient pas aller à l’école. « Je savais aussi qu’il était possible qu’Assad envoie des gens pour me capturer et me ramener en Syrie. J’avais peur en permanence… » C’est ainsi que la famille est arrivée en Grèce, et à Katsikas. « Mais ici, la vie s’est arrêtée. Il n’y a pas de travail. Sans travail, pas de vie. C’est comme si on mourait lentement… »

La situation d’Amar est assez répandue parmi les réfugiés en Grèce. Les effets combinés du manque d’activité et des expériences de violence, de terreur et de changements brutaux peuvent aggraver des troubles psychologiques déjà existants, mais aussi en provoquer chez des personnes qui n’en avaient jamais connus.

À travers la Grèce, Médecins du Monde tente de réduire ces risques grâce à des programmes et des activités prévus pour les hommes, les femmes et les enfants coincés dans les différents camps du pays. Certains peuvent attendre jusqu’à 12 mois avant de savoir quand et où ils pourront tenter de recommencer leur vie.