L'accès aux soins toujours plus difficile en Europe pour les exclus du système

L'accès aux soins toujours plus difficile en Europe pour les exclus du système

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Les systèmes de santé européens négligent les populations les plus exclues, selon un nouveau rapport de l'ONG humanitaire Médecins du Monde publié ce jour. Une enquête menée auprès de plus de 43.000 personnes révèle une souffrance extrême et des besoins insatisfaits en termes de soins Le Rapport de l’Observatoire avertit que l'austérité en matière de santé publique constitue un risque, et exhorte les gouvernements européens à réaffirmer leur engagement pour la couverture santé universelle.

Le rapport (disponible dans son intégralité ici) s'appuie sur des données et entretiens recueillis au cours de l'année 2016 auprès de 43.286 bénéficiaires des programmes de Médecins du Monde et ONG partenaires de 14 pays. Les patient·e·s reçu·e·s sont des ressortissant·e·s nationaux·ales dans leur propre pays, ainsi que des migrant·e·s UE/EEE (espace économique européen) et hors UE/EEE, qui sont nombreux à avoir fui les violences, les conflits et la discrimination sévissant dans des pays comme la Syrie et l'Afghanistan. Près d'un quart des personnes reçues sont des enfants de moins de 18 ans.

Le rapport inclut des données et témoignages collectés par Médecins du Monde à Anvers et Bruxelles.

Outre les problèmes de santé physique, de nombreux patients souffrent de traumatismes psychologiques. De ceux ayant répondu à l'enquête, plus de la moitié des personnes ont parlé des violences durant leurs consultations et plus de 60 % de ceux ayant déclaré avoir des enfants de moins de 18 ans étaient séparés de plusieurs ou de la totalité de leurs enfants. Une majorité écrasante (89 %) ne dispose pas des ressources nécessaires à la satisfaction de leurs besoins essentiels ni au paiement des soins médicaux.

« Quel que soit leur pays d'origine, nos patient·e·s vivent tous dans des conditions de vie extrêmes » explique Pierre Verbeeren, directeur de Médecins du Monde. « Ils ou elles font appel à nous en dernier recours et souffrent de graves problèmes de santé, leurs jours étant parfois en danger. Ils·elles sont laissé·e·s pour compte par les systèmes de santé. »

Médecins du Monde et les ONG partenaires ont traité des personnes présentant divers problèmes de santé aigus et chroniques, ainsi que des complications liées à la grossesse. Plus de la moitié d'entre elles ne bénéficiait d'aucune couverture maladie, ne pouvant donc pas payer pour des soins médicaux. Nombre de nos patient·e·s étaient incapables de se frayer un chemin à travers les démarches administratives des systèmes de santé locaux, ne maîtrisant pas la langue locale, subissant des discriminations ou le refus de l'accès aux soins, ou de peur d'être arrêté·e·s.

Le rapport met l'accent sur le désengagement des États membres européens quant à la couverture santé universelle, et ce sous couvert de l'austérité : il présente en détail le mouvement de marche arrière observé en matière législative en France, en Allemagne, en Irlande et au Royaume-Uni. De même, il démontre à quel point les mesures de restriction de l'accès aux soins des personnes migrantes se sont avérées néfastes pour les personnes vulnérables – notamment dans les pays tels que le Royaume-Uni, qui se sont servis de l'accès aux soins comme d'un outil de contrôle de l'immigration.

Le rapport révèle également des disparités inquiétantes en termes de vaccination des enfants, bien en-dessous des niveaux préconisés, et exige une approche plus progressive et équitable en matière de santé publique, comprenant l'accès aux soins de santé primaires, prénataux et postnataux, aux services de santé mentale, ainsi que la promotion de la santé.

« L'accès aux soins est un droit humain, pas une arme politique », affirme Pierre Verbeeren. « Les données que nous avons collectées démontrent que ce n'est pas cet accès aux soins qui attire les migrations vers l'Europe et qu'exclure ces populations de l'accès à ces services constitue un risque de santé publique. »