La rue a tué deux femmes à Bruxelles cette semaine : un tragique rappel de la gravité de la situation

La rue a tué deux femmes à Bruxelles cette semaine : un tragique rappel de la gravité de la situation

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Deux femmes sans-abri ont été retrouvées mortes dans les rues de Bruxelles cette semaine. Toutes les deux sont décédées d’hypothermie. Pour Médecins du Monde, cet événement tragique est le résultat d’un constat double : l’absence de politique cohérente en terme de sans-abrisme dans la capitale et la vulnérabilité accrue des femmes en rue.

« Vivre en rue, cela n’est pas uniquement difficile entre les 15 novembre et le 30 avril, dates d’activité du Plan hiver, » réagit Lucille Ganchou, responsable du Plan hiver chez Médecins du Monde. « C’est difficile tous les jours de l’année, été comme hiver, de jour comme de nuit. Nos pensées vont à ces deux dames et à toutes les autres personnes décédées dans la rue en silence. »

Cela fait plus de dix ans que Médecins du Monde n’a de cesse d’appeler à des solutions structurelles pour les personnes sans-abri. « À chaque fin de Plan hiver, nous envoyons le même message aux responsables politiques : un plan d’urgence n’est pas une réponse adaptée au problème du sans-abrisme, » rappelle Lucille Ganchou. « Le gouvernement bruxellois s’est doté cette année d’une ordonnance réorganisant l’aide aux personnes sans-abri. Nous souhaitons que son application soit la plus rapide possible et nous resterons attentifs aux changements réels qu’elle entraîne. Il est plus que temps de concrétiser des solutions structurelles et cohérentes pour éradiquer la précarité à Bruxelles. »

Être une femme à la rue : une double vulnérabilité

Ce double décès met en lumière la condition des femmes dans la rue, trop souvent passée sous silence. « Les femmes sans-abri sous souvent invisibilisées, » précise Anne-Laure Pignard, responsable des projets bruxellois de Médecins du Monde. « Pourtant, la pauvreté touche généralement beaucoup plus violemment les femmes. En rue, les femmes courent beaucoup plus de risques que les hommes – vols, agressions, maladies, violences sexuelles… ».

En plus des dangers extérieurs démultipliés pour les femmes qui vivent en rue, leur condition est encore compliquée par leurs propres réticences. « Il y a une sorte d’auto-stigmatisation, une culpabilité qui provient de l’impression d’avoir échoué à remplir les attentes que la société place en elles, » continue Anne-Laure Pignard. « La conséquence, c’est qu’elles ne cherchent pas à avoir recours aux services qui sont mis à leur disposition, que ce soit de l’hébergement ou des soins médicaux par exemple. »

Pour Médecins du Monde la solution se situe dans le dialogue et la construction de liens de confiance. « C’est ce qui est fait chez Médecins du Monde au sein du projet ‘Avec Elles’, ou au Samusocial avec l’ouverture d’un espace d’écoute réservé aux femmes à Anderlecht. Mais cela demande beaucoup de temps et de moyens, deux choses dont les associations actives sur le terrain manquent généralement cruellement, » conclut Anne-Laure Pignard.