Interview de Soumaila, coordinateur des projets au Niger

Interview de Soumaila, coordinateur des projets au Niger

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Déjà présent à Agadez auprès des populations migrantes, Médecins du Monde a récemment lancé un nouveau projet à destination des populations nomades dans les zones reculées. Interview avec Soumaila, qui coordonne les projets de Médecins du Monde au Niger.

Bonjour Soumaila ! Tu es le responsable du programme de Médecins du Monde Belgique au Niger. Un nouveau projet se met actuellement en place. Peux-tu nous en parler ?

En quelques mots, nous étions déjà actifs dans la ville d’Agadez, où nous sommes focalisés sur les migrants, et plus précisément les femmes enceintes. Nous comptons maintenant nous étendre dans le district de Tchirozérine, qui est une région à faible densité de population. Là-bas, nous avons pour projet de contribuer à la réduction de la morbidité et de la mortalité des populations nomades et géographiquement dispersées du Niger. Ces populations vivent à plus de 15 kilomètres de tout hôpital ou centre de santé et n’ont qu’un accès limité aux soins de santé.

Les populations nomades ? Que veux-tu dire par là ?

Ces populations ne s’installent pas à un endroit précis et sont donc difficiles à atteindre. Les nomades sont régulièrement en mouvement, simplement parce qu’ils suivent une vie rythmée par le troupeau. Ils constituent, pour une grande part, la population dans la région du Sahel.

Les nomades bénéficient peu d’un accès à des soins de santé corrects. Dans les zones où nous agissons, la couverture sanitaire est mauvaise, avec un faible taux d’utilisation des services de santé. Leur mode de vie les amène à ne fréquenter les structures de santé que dans les cas jugés extrêmes. Pour vous donner un exemple, une femme enceinte qui ne se considère pas comme malade ne se rendra dans une maternité que pour accoucher. Et encore, seulement si cette maternité se trouve à proximité. Une femme enceinte ne se rendra que rarement, voire jamais, à une consultation prénatale.

Que fait donc concrètement Médecins du Monde là-bas ?

Nous allons développer sur place trois activités principales : d’abord, par la mise en place d’équipes mobiles polyvalentes, nous avons la possibilité de nous rendre dans des régions éloignées de tous centres de santé et d’aller à la rencontre des patients. Pour prendre un exemple, cela nous permet de soigner un berger qui aurait refusé de se rendre dans un centre de peur de laisser son troupeau.

Tu en as cité une. Quelles sont vos autres activités à Tchirozérine ? Connaissant Médecins du Monde, vous devez aussi certainement former un encadrement sur place, non ?

Effectivement. Avec Médecins du Monde, nous apportons un appui technique et logistique aux centres de santé sur place. Nous travaillons avec quatre petits centres de santé de la commune d’Ingall et ses alentours, à l’ouest d’Agadez. Avec eux, nous voulons renforcer l’offre de soins déjà existante, pour pouvoir offrir aux populations locales des soins minimums de bonne qualité. Nous appuyons ainsi, grâce à des formations, les infirmiers et sages-femmes des quatre Centres de Santé avec lesquels nous travaillons.

Finalement, nous souhaitons encadrer et suivre des « relais communautaires », qui sont en charge de la mobilisation des populations locales, de certaines activités de prévention et des accoucheuses traditionnelles recyclées. Nous pensons que confier la surveillance des grossesses et des accouchements à des sages-femmes n’est pas suffisant. Dans les régions reculées, c’est le rôle des accoucheuses traditionnelles d’aider aux grossesses et aux accouchements. L’intégration de ces accoucheuses traditionnelles comme relais communautaires dans le fonctionnement des centres de santé passe par leur formation. Ceci est nécessaire, sachant que la santé sexuelle et reproductive est un cheval de bataille de Médecins du Monde.

Tu as également cité la région d’Agadez. Cela fait quelque temps que Médecins du Monde y est présent. Quels sont vos projets dans cette région ?

Oui, à Agadez, nous travaillons avec les migrants. La région d’Agadez est une zone de transit pour les migrants. La ville d’Agadez elle-même est un carrefour : entre 60 000 et 100 000 migrants y transitent chaque année. C’est le point de préparation avant la périlleuse traversée du désert du Sahara. Nous tentons de leur prodiguer les soins médicaux de base, de les prendre en charge quand nous le pouvons,… et nous offrons aussi une prise en charge psychosociale, lorsque ces migrants souffrent d’anxiété ou de troubles du sommeil par exemple. Cette présence est aussi facilitée par les quatre centres de santé que nous mettons en place et que j’ai déjà évoqués.

Avec qui agissez-vous ? Quels sont les partenaires de Médecins du Monde ?

Nous avons un partenaire local, Alima (« The Alliance for International Medical Action »), qui travaille dans la région de Tahoua, juste à côté de la région d’Agadez.

Nous travaillons également en étroite collaboration avec les autorités sanitaires nigériennes, ainsi qu’avec le personnel de santé local et les populations locales.

Enfin, nos bailleurs de fonds, la Commission européenne et la Coopération Belge au Développement nous accompagnent financièrement.

Parfait, merci Soumaila pour ces informations !