Hépatite C : refusons de nous faire prendre en otage par l'industrie pharmaceutique

Hépatite C : refusons de nous faire prendre en otage par l'industrie pharmaceutique

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L’hépatite C est une maladie du foie causée par un virus qui se transmet par le sang. Elle concerne au niveau mondial plus de 185 millions de personnes et cause 700 000 décès par an. Le virus dégrade progressivement les cellules du foie et peut conduire à des cirrhoses et des cancers du foie. Pour les malades qui atteignent ce stade, il n'y a souvent pas de symptômes visibles, raison pour laquelle ils ignorent leur état. Ce n’est donc pas pour rien que l’Organisation mondiale de la santé qualifie cette maladie de bombe virale à retardement.

La transmission du virus de l’hépatite C s’est accélérée à partir des années 50 et jusqu’à la fin des années 90, quand la découverte du virus a permis la mise en place de mesures de prévention. Aujourd’hui, vingt à quarante ans après, nous sommes face à un pic de mortalité sans précédent.

Les populations les plus vulnérables sont celles exclues des soins à cause de leur mode de vie. Il s’agit en particulier des personnes usagères de drogues qui n’ont pas accès à des services de réduction des risques tels que du matériel stérile de consommation, des traitements de substitution, un accès précoce au traitement pour limiter la transmission, une sensibilisation aux risques et à l’utilisation adéquate des aiguilles d’injection.. 

La majorité des personnes atteintes de l’hépatite C habite dans les pays à revenu faible et intermédiaire où l’accès au dépistage et au traitement est quasiment inexistant. Le prix des tests de diagnostic et des médicaments, le manque de personnel médical formé et l’absence de ressources entravent la mise en place d'une réponse efficace à l’épidémie.

Pourtant, un espoir est apparu depuis quelques années grâce à l’arrivée d’une nouvelle génération de médicaments. Mais à cause de leurs prix exubérants, ces nouvelles molécules demeurent difficiles d’accès pour certains groupes de patients à travers le monde.

En Europe aussi, les prix démesurés imposés par l’industrie pharmaceutique menacent les systèmes de santé solidaires. Dans plusieurs Etats membres de l’Union européenne, les patients n’auront pas accès à ces médicaments, alors que des versions génériques 100 fois moins chères sont disponibles en Inde… Même un pays « riche » comme la Belgique ne pourra répondre à toutes les demandes vu le coût extrêmement élevé – plus de 40 000 euro par personne – de la prise en charge.

Nous nous interrogeons quant à l’équilibre entre le juste profit et le droit à la santé. En refusant d’utiliser les outils juridiques prévus par le droit international pour suspendre les brevets, les Etats cautionnent les profondes inégalités dans l’accès aux soins.

En introduisant en février dernier un recours devant l’office européen des brevets, Médecins du Monde a entamé une campagne contre le système de fixation du prix des médicaments dont l’actuel absence de contrôle démocratique génèrent des bénéfices excessifs. Cette situation menace l’accès aux soins et la pérennité de nos systèmes de santé. Or c’est aussi à nous, citoyens et citoyennes contribuant collectivement au budget de la sécurité sociale, de refuser cette prise en otage et d’exiger des prix raisonnables.

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Docteur Françoise Sivignon, Président de Médecins du Monde International

Tribune à l’occasion de la journée mondiale contre l’hépatite