Gaza : Entretien avec le Dr Ahmed

Gaza : Entretien avec le Dr Ahmed

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Le Dr Ahmed est palestinien, marié et père de 5 enfants. En 2002, il commence à travailler avec Médecins du Monde à Gaza en tant que médecin. En 2014, il devient coordinateur médical en Turquie dans le cadre de la crise syrienne. Il reste quatre mois sur place avant de rejoindre Gaza en juillet, où sa famille est restée.

Pendant les dix premiers jours de la guerre, Dr Ahmed était en Turquie. Il appelle sa famille chaque jour et suit les informations en continu.  Il  réalise que l’opération militaire risque de se prolonger et décide alors de rejoindre Gaza au dixième jour du conflit.

Les projets précédents qui étaient mis en place à Gaza ont été interrompus en raison de la guerre et une réponse d’urgence a été mise en place. Lors la reprise des activités et du lancement de la clinique mobile, Médecins du Monde propose au Docteur Ahmed de rester à Gaza et de reprendre la coordination médicale de projets sur place.

En tant que coordinateur médical d’urgence, il supervise l’équipe médicale de la clinique mobile, travaillant dans les écoles avec les réfugiés palestiniens sur place. «  Certaines de ces écoles accueillent 120 à 140 familles. Sachant que chaque famille comprend 5 à 6 personnes, cela représente beaucoup de monde. Dans une salle de classe de 80 mètres carré, on peut trouver jusqu’à 50 à 60 personnes », explique le Dr Ahmed.  

Les conditions de vie liées à la sur-fréquentation du lieu et la mauvaise situation sanitaire (il n’y a pas assez de salles de bain et parfois qu’une seule toilette pour 1.500 personnes) conduisent à l’apparition de différentes maladies : diarrhée, gale, maladies respiratoires infectieuses se propagent rapidement. « Il y a de sérieux problèmes d’hygiène et l’eau potable manque » explique le Dr Ahmed. «  Il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine ».

L’équipe de MdM fait fonctionner une clinique mobile à Gaza city, tout comme notre partenaire Palestinian Medical Relief Society (PMRS) au Nord. Chaque clinique mobile couvre trois écoles en y restant deux jours par semaine et en dispensant 80 à 100 consultations par jour. Les équipes de Médecins du monde organisent des formations et distribuent des kits d’hygiène en coordination avec d’autres ONGs.

Les maladies et la crise sanitaire ne sont pas les seuls problèmes auxquels doivent faire face les Gazaouïs : les traumatismes psychologiques liés à la guerre sont immenses. Beaucoup de personnes vivent dans les écoles car leurs maisons ont été détruites ou par crainte des bombardements et des tirs. Ils ont vu des morts et des blessés. Beaucoup d’entre eux ont perdus un membre de leur famille. Les enfants sont perturbés et le futur reste incertain.

Dr Ahmed décrit la destruction de zone entières dans la bande de Gaza, dont beaucoup se situent à l’est. Parmi elles : Beit Hanoun, Shaja’a , Khuza’a , Rafah, et Khan Yunes, où il habite. Sa maison n’a pas été détruite, juste endommagée .On ne peut pas en dire autant de la maison de son oncle située à 10 mètres de la sienne et qui s’est effondrée sous les bombes. La maison de sa tante a également été totalement détruite.

L’opération « Bordure protectrice » est la quatrième guerre que le Dr. Ahmed traverse, les précédentes étant celle de 2008, 2009, et 2012. « Cette guerre ne ressemble pas aux autres : beaucoup trop de  civils ont été blessés ou tués », dit-il. « Il y a trop d’enfants à l’hôpital. La plupart des patients sont gravement blessés et nécessitent des traitements médicaux sérieux. »

Dr. Ahmed voit fréquemment apparaitre un nouveau type de brûlure au cours de cette guerre: «  Je n’avais jamais vu quelque chose comme ça auparavant, ces brûlures noires, continuent de s’étendre en dépit du fait que nous nettoyons les plaies. Nous avons essayé de faire de notre mieux. "

Quand on lui demande s’il a un message à transmettre au monde, il n’hésite pas : « Nous sommes dans une situation vraiment grave. En l’espace de trois à quatre semaines, il y a eu plus de deux milles blessés. Ici, à Médecins du Monde, nous faisons notre possible, en coordination avec le ministre de la santé, pour permettre aux Gazaouis d’accéder aux soins de santé fondamentaux. »