Fin du Plan hiver – Année après année, un pansement sur une plaie béante

Fin du Plan hiver – Année après année, un pansement sur une plaie béante

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Avec la fermeture du dernier centre d’accueil du Plan hiver ce mardi 2 mai, Médecins du Monde tire pour la dixième année consécutive un bilan du volet médical du dispositif. Et une fois de plus, le constat est sans appel : plus de 1.700 consultations et 880 patients vus en six mois, il est plus qu’urgent de changer le système. L’ONG plaide pour un système plus efficace, et un abandon de l’exigence d’une adresse de résidence pour que les personnes sans abri puissent accéder à une aide médicale toute l’année.

Christian a 58 ans. Il passe l’un de ses derniers soirs dans le centre d’hébergement du Plan hiver. Dès ce mois de mai, il devra trouver d’autres solutions pour s’héberger… et se soigner. « C’est pas qu’on n’est pas reconnaissants d’avoir un endroit où dormir pendant l’hiver, » explique-t-il. « Mais quand l’hiver est fini, c’est comme si on disparaissait. On n’existe plus. »

Christian ne disparaîtra pas cet été. Pas plus que les 880 patients qui sont venus consulter les médecins et infirmi-er-ère-s bénévoles de Médecins du Monde pendant ce Plan hiver médical. « Bien sûr que je suis inquiet de voir ce dispositif fermer à nouveau, » s’alarme le docteur Jean-Claude Bollaerts, médecin bénévole pour Médecins du Monde depuis quatre ans. « Je pense aux patients asthmatiques, qui vont retourner à la rue. Je pense aux diabétiques, qui ne pourront plus avoir le régime alimentaire dont ils ont besoin. Je pense à cette femme enceinte qui croyait faire une nouvelle fausse couche. C’était une ‘simple’ infection urinaire… Mais dans la rue, qui l’aurait soignée ? » Une question qui revient à chaque consultation pour les médecins du Plan hiver.

Un dispositif coûteux sans solution durable

Chez Médecins du Monde, on devine une lassitude de sans cesse répéter le même message et une certaine colère devant une situation qui ne change pas. « Chaque année, nous recevons plus de patients. Et nous ne nous attendons pas à ce que la tendance s’inverse, » prédit Nel Vandevannet, directrice des projets belges de Médecins du Monde. Et de pointer l’incohérence économique du dispositif : « Mettre en place, maintenir et fermer les centres d’hébergement d’urgence a un coût. Qu’il faut payer, année après année, parce que le Plan hiver n’apporte aucune solution structurelle au problème du sans-abrisme. C’est comme mettre un pansement sur une plaie béante ! Pourquoi ne pas plutôt continuer à développer des initiatives comme « Housing First », qui traite le problème de manière complète et sur la durée ? »

  • Médecins du Monde insiste une nouvelle fois pour que des changements radicaux soient apportés au dispositif de lutte contre le sans-abrisme. En premier lieu : la fin de la territorialité, qui exige d’une personne qu’elle renseigne une adresse de résidence pour recevoir une carte médicale. C’est à cette seule condition que l’ouverture et la continuité des soins pourront être assurées pour les publics les plus vulnérables, dont ceux du Plan hiver.
  • Médecins du Monde souligne et dénonce également la nature court-termiste du dispositif actuel. Il est nécessaire de continuer à développer des solutions alternatives, pour apporter une réponse structurelle au problème du sans-abrisme à Bruxelles et en Belgique.