De plus en plus de patients dans l’incapacité de payer leurs médicaments

De plus en plus de patients dans l’incapacité de payer leurs médicaments

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Les nouveaux chiffres du Bureau Fédéral du Plan indiquent que le nombre de personnes qui retardent des soins de santé pour des raisons financières a été multiplié par quatre. Une chiffre qui n’étonne pas l’ONG Médecins du Monde, qui soigne chaque année de plus en plus de patients en situation d’extrême pauvreté. Et qui doit de plus en plus souvent payer pour les médicaments de ces patients.

L’ONG Médecins du Monde, qui vient en aide aux personnes sans-abri, aux réfugiés et plus généralement aux personnes en situation de précarité, a pris connaissance des nouveaux chiffres du Bureau Fédéral du Plan sans grand étonnement. « Le nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté qui frappe à notre porte augmente chaque année », déclare Nel Vandevannet, directrice des projets belges de l’ONG.

Médecins du Monde fournit à ses patients une assistance médicale, mais également une aide sociale. Les travailleurs sociaux de l’ONG accompagnent les personnes qui en ont besoin et les aident à se remettre en ordre administratif. Des démarches qui deviennent chaque jour plus compliquées : il faut parfois des mois pour parvenir à référencer un patient dans le système de santé, et le succès n’est jamais garanti. Résultat : le nombre de personnes précaires qui se retrouvent exclues de l’accès aux soins ne cesse d’augmenter. Dans le centre de soins d’Anvers (COZO) par exemple, le nombre de patients a augmenté de 20% en trois ans.

Autre conséquence de la précarisation de la population : Médecins du Monde doit de plus en plus fréquemment prendre en charge les médicaments de ses patients. « Les patients diabétiques par exemple, doivent prendre leur insuline de manière régulière tout au long de leur vie. Mais vu la lenteur et la complexité du système de santé belge, il faut parfois des mois pour que le patient soit en ordre de mutuelle et puisse bénéficier du remboursement de ses médicaments », explique Nel Vandevannet. « Il ne reste alors qu’une solution : payer nous-mêmes les médicaments de nos patients. » 
L’an dernier, l’organisation a payé pour 105.000 euros de médicaments pour ses patients qui n’avaient pas la possibilité de payer eux-même.

Deux nouvelles maisons médicales

Médecins du Monde relève également qu’il devient de plus en plus compliqué d’orienter des patients vers un médecin généraliste ou spécialiste, une fois les papiers de la personne remis en ordre. « Les médecins généralistes indépendants sont de moins en moins nombreux, et les trop rares maisons médicales arrivent à saturation », dit Nel Vandevannet. « Nous ne parvenons plus à référer ces patients dans le système précisément parce que celui-ci est saturé. »

Par conséquent, l'organisation a décidé de mettre sur pied deux maisons médicales à Bruxelles« Alors que la ministre De Block a décidé de geler les paiements forfaitaires pour les maisons médicales, nous avons décidé d’en ouvrir deux nouvelles. Nous ne le faisons pas pour le plaisir d’ouvrir un nouveau centre, mais bien parce que nous constatons que la saturation de la première ligne de soins de santé conduit à en exclure les personnes en situation de pauvreté ou de précarité. La volonté de Madame de Block est-elle que ces patients se rendent aux urgences dans un état de santé tellement dégradé que leur pronostic vital est engagé ? », interroge encore Nel Vandevannet.

Médecins du Monde plaide pour une simplification administrative des procédures. De nombreuses personnes en situation de vulnérabilité doivent actuellement passer par des procédures différentes de celles des patients Belges pour avoir accès aux soins de santé. C’est cette fragmentation du système qui crée des retards énormes, des malentendus et de la complexité. Par conséquent, Médecins du Monde plaide depuis des années pour un système unique pour tous : plus efficace, plus simple et plus économique à long terme pour l'État.