Dans le bourbier de Calais : la jungle, un an après

Dans le bourbier de Calais : la jungle, un an après

Email
L'an passé, Calais est devenue une jungle occupée par des milliers de réfugiés. Devant l'inaction du gouvernement, ces sont les organisations et les citoyens qui ont pris en charge l'aide aux réfugiés. Un an plus tard, rien n'a changé. Le point sur la situation.

« J’ai travaillé en tant qu’humanitaire dans des camps de réfugiés au Darfour et j’étais en Haïti après le séisme. Mais je n’ai jamais été aussi choqué que le jour où j’ai rencontré ce groupe de jeunes Syriens à Calais. Ils étaient atteints de la gale, pressés les uns contre les autres sous une couverture détrempée. » Ces mots sont ceux de Leigh Danes, après sa visite à Calais au nom de Médecins du Monde l’année dernière.

À ce moment, la situation était si épouvantable que Médecins du Monde a immédiatement lancé un plan d’urgence à grande échelle. Aux côtés d’autres organisations et des citoyens, nous avons mis en place des cliniques, des points d’accès à l’eau potable, la distribution de kits d’hygiène et des toilettes. Nous nous demandions déjà à l’époque pourquoi le gouvernement ne faisait rien et laissait les associations et les citoyens s’occuper des réfugiés.

Un an plus tard, nous cherchons toujours ce qui a bien pu changer à Calais. Pas grand-chose, en réalité. Au contraire, la situation a même empiré !

Le récit de Mélanie Vion, qui travaille sur place pour Médecins du Monde.

Des lieux de vie innocents brutalement détruits

« L’an passé, alors que le camp ne s’arrêtait pas de grandir, on pouvait voir des églises, des écoles, des petits cafés apparaître un peu partout, construits avec les moyens du bord. Mais surtout, avec beaucoup d’espoir et d’ingéniosité. Tout ça était improvisé, mais ces endroits permettaient de créer du lien social et une certaine cohésion, deux choses importantes. En février, ces lieux de vie et les moments de communion qu’ils apportaient ont été brutalement détruits : le gouvernement français avait entrepris de démolir la moitié du camp de Calais. Des centaines de tentes, de terrains de jeux et de magasins furent rayés de la carte par les bulldozers.

Mis sous pression par Médecins du Monde et d’autres associations, qui avaient décidé de saisir la justice pour forcer le gouvernement à agir dans l’intérêt des réfugiés, les responsables politiques français ont finalement mis sur pieds des containers pouvant accueillir 1.500 personnes. Mais tout le monde – y compris le gouvernement – savait que ce n’était pas suffisant : plus de 5.000 personnes vivait dans la jungle de Calais. »

Plus de 7.000 personnes dans la jungle 2.0.

Résultat : aujourd’hui, plus de 7.000 personnes survivent tant bien que mal dans la cyniquement nommée Jungle 2.0. « 7.000 personnes : jamais il n’y en a eu autant. Mais le pire, c’est qu’ils doivent aujourd’hui vivre dans un espace deux fois moins grand que l’année dernière. Et cette nouvelle configuration ne laisse aucune place aux espaces de détente, d’autant que le gouvernement interdit l’entrée de matériel. Donc oui : même si ça semble impossible, la situation est bien pire qu’il y a un an. »

Pendant ce temps, Médecins du Monde continue de se rendre dans le camp pour procurer une aide médicale à ses occupants. Et de plus en plus, les équipes y sont confrontées à des problèmes d’ordre psychologique. « Nous voyons de plus en plus de personnes avec des problèmes psychiatriques et psychologiques graves. Après l’enfer qu’était leur pays d’origine, l’enfer qu’a été leur trajet jusqu’ici, ils se retrouvent dans l’enfer de Calais. Ce n’est pas une surprise de voir que même les plus résistants craquent. »

Mais ce qui nous préoccupe plus encore, ce sont les nombreux enfants non accompagnés qui vivent dans le camp. « Selon les derniers chiffres, il y a 761 enfants à Calais. 80% d’entre eux sont seuls, sans leurs parents ou sans adulte pour les accompagner. Selon les études, les enfants non accompagnés passent en moyenne cinq mois dans le camp, sans aucune protection, exposés à tous les dangers, à la violence et aux conditions de vie catastrophiques. Et pendant ce temps, le gouvernement continue simplement à regarder ailleurs, comme si le problème n’existait pas. C’est difficile à croire que ce genre de chose puisse arriver dans mon pays, où on met en avant la liberté, l’égalité et la fraternité. C’est une honte. »