Communiqué - Accès à l’Aide médicale urgente à Bruxelles - La réaction de Médecins du Monde

Communiqué - Accès à l’Aide médicale urgente à Bruxelles - La réaction de Médecins du Monde

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Une société qui conditionne les soins de santé est une société malade. Aucune chasse aux abus, aucune traque aux effets pervers, aucune « responsabilisation » du patient, aucune barrière financière… ne peut justifier un refus de soins. Là-dessus, le consensus au sein de la profession médicale est total. La classe politique le clame aussi unanimement.

Médecins du Monde plaide et agit pour consolider ce consensus. A priori, ce travail devrait être aisé vu le consensus. Rien n’est plus faux tant l’addition de vents contraires fragilise l’accès aux soins :

 

  • D’abord, certaines institutions de soins soignent plus leur portefeuille que les patients (ou ne soignent que les patients à portefeuille). Celles qui accueillent doivent donc de plus en plus accueillir. Jusqu’à rencontrer d’importantes difficultés financières et être à leurs tours tentées par la limitation de l’accès. Les unes et les autres risquent alors de faire alliance contre l’accès, pour des raisons diamétralement opposées. 
  •  Le traitement administratif de l'aide médicale urgente est lourd et coûteux. Plus un CPAS assume son rôle, plus ça lui coûte, tant et si bien que cela peut inciter des CPAS à restreindre l’accès à l’AMU. CPAS et administrations risquent alors de faire alliance contre l’accès pour des raisons diamétralement opposées.
  •  La Ministre de la lutte contre la pauvreté (qui est aussi ministre de l’asile et de l’immigration) estime que la pauvreté des migrants ne peut être prise en charge que, via le retour du migrant, dans son pays… pauvre.
  • Des Belges précarisés se demandent si leur précarité n’est pas de la faute des migrants précarisés. Et sont tentés de faire alliance avec les politiciens qui maquillent leur impuissance d’un discours culpabilisant l’étranger. 

Ces vents pourraient facilement être contrés s’ils n’étaient portés par un courant dominant : celui de l’exclusion croissante. A partir du travail médical que réalisent plus de 300 bénévoles (20.000 consultations en 2012), MdM acte et documente l’augmentation de la précarité. De mois en mois, MdM constate l’arrivée de publics, isolés, familles, jeunes ou moins jeunes… nouvellement exclus par un système qui construit la dualisation de façon méthodique : baisse de salaires, augmentation des loyers, ségrégation scolaire, absence d’emploi… Tant et si bien que les acteurs publics de champ social peinent, comme les associations, à rencontrer la demande croissante d’aide.

C’est dans ce contexte que l’institution la plus exposée à la demande croissante d’aide (le CPAS de Bruxelles-Ville) a commencé un bras de fer avec le pouvoir fédéral.

Ce bras de fer – fondé - a pris des formes regrettables. Le fait que le CPAS accomplisse un travail considérable de lutte contre la pauvreté ne l’exonère pas de respecter rigoureusement un système qui a été construit pour respecter l’intégrité physique des plus précarisés. Pendant trois ans et demi, MdM a, d’abord discrètement puis que plus en plus publiquement, interpelé le CPAS sur les dérives constatées, témoignages et chiffres à l’appui. Progressivement, il a fallu faire cette démonstration devant les tribunaux qui ont donné raison à la quasi-totalité des patients. Des demi-solutions ont été trouvées, puis abandonnées. Progressivement, des acteurs de plus en plus nombreux scrutent les faits et gestes du CPAS en l’absence de solution définitive. Aujourd’hui publiquement.

 Dans le dialogue sans cesse recherché par MdM, le CPAS s’est engagé, la semaine dernière, à octroyer l’aide médicale urgence aux familles sans titre de séjour comme la loi l’y invite. C’est dans la vigilance face à cet engagement oral que MdM aimerait maintenant entamer une nouvelle phase de son plaidoyer à l’égard du pouvoir fédéral : réaffirmer, avec le CPAS, les acteurs médico-sociaux et surtout les responsables politiques, le consensus sur l’accès aux soins. Ce consensus doit être soutenu par des faits et des moyens octroyés aux CPAS. Plus encore dans une période d’austérité puisque cette austérité fragilise d’abord les plus fragiles, qu’ils soient migrants ou non.

Pierre Verbeeren

Directeur général de MdM