Calais - Démanteler, et après ?

Calais - Démanteler, et après ?

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Le démantèlement du bidonville de Calais aurait pu permettre d’espérer enfin la fin des conditions de vie indignes et inhumaines des réfugiés. Médecins du Monde reste pourtant extrêmement préoccupée : aujourd’hui, les premières inquiétudes se sont confirmées. Sélection des mineurs au faciès, grand nombre d’exilés toujours à la rue, doute quant à la prise en charge dans les centres d’accueil, etc. : trois équipes de Médecins du Monde présentes sur place partagent leurs observations.

Un démantèlement loin d'être exemplaire

La prise en charge des exilés de Calais était plus qu’urgente. Depuis plus d’un an et demi, des milliers d’hommes, femmes et enfants survivent dans la violence et dans des conditions sanitaires extrêmement dégradées. Ces derniers mois, après le démantèlement de sa partie sud en mars, la population du bidonville s’était considérablement densifiée, pour atteindre environ 10.000 personnes, dont 1.300 mineurs.

Si l’on peut saluer la décision de mise à l’abri des réfugiés, le démantèlement a révélé dès le départ de nombreux dysfonctionnements, traduisant une certaine improvisation. C’est ce qu’on constaté nos équipes présentes sur place, en maraude à la rencontre des réfugiés en ville et alentours.

« Si vous voyez des enfants, vous me les envoyez. Les grands gaillards, c'est pas la peine »

En proie à la confusion et au stress, peu de migrants étaient réellement au courant du déroulement des opérations. Nos équipes ont rencontré de nombreux enfants perdus et désorientés : « Je ne sais pas où aller ? Comment je fais pour prendre un bus ? Mon oncle est en Angleterre… »

Dès le premier jour, nous avons constaté que les autorités procédaient à une sélection au faciès des mineurs isolés, en contradiction totale des principes fondamentaux du droit des personnes. « Si vous voyez des enfants, vous me les envoyez. Les grands gaillards, c'est pas la peine ». Mercredi, malgré l’annonce de la préfecture de la fin des opérations, des centaines de personnes et d’enfants restaient à la rue, sans mise à l’abri, isolées du bidonville par un cordon policier.

Vers des petits camps moins visibles

De nombreuses inquiétudes subsistent sur la suite donnée par l’État au démantèlement. Le suivi médical et psychologique des réfugiés au sein des centres d’accueil pose question, tout comme le suivi de leurs demandes d’asile et leur accès à un logement et à une allocation.

« Ce n’est pas en détruisant le bidonville qu’on résout le problème »

À Calais comme ailleurs, les projets migratoires des personnes pour rejoindre le Royaume-Uni restent plus vifs que jamais. « Ce n’est pas en détruisant le camp qu’on résout le problème, » explique Yannick le Bihan, directeur des opérations France. « Une bonne partie des migrants veut toujours aller en Angleterre. Ce que nous redoutons, c’est la reformation de petits camps moins visibles dans la région, un accès à l’aide humanitaire plus difficile et une forte pression policière. »

Une pression policière renforcée qui a déjà été constatée dans la région depuis un mois. L’Etat semble adresser un message de fermeté afin de dissuader tout réfugié de se rendre sur le territoire calaisien, avec le risque d’une véritable "chasse aux migrants" dans la région.

Il n'y a pourtant pas de de doute : de nouvelles personnes vont continuer à arriver dans le calaisis et auront besoin d’un hébergement. Elles doivent bénéficier d’un accompagnement spécifique, notamment les familles et les mineurs isolés.

Médecins du Monde reste donc extrêmement préoccupé. Le démantèlement ne doit pas être la répétition des politiques à courte vue que nous avons observées jusqu’à présent. Des politiques qui ne respectent pas les droits fondamentaux des personnes, notamment en matière d’accès à la santé. Pour éviter que ne se répète l’échec de la fermeture de Sangatte, et sortir du cycle des démantèlements successifs, adoptons enfin une véritable politique d’accueil des réfugiés, respectueuse de leurs vies, de leurs droits, et de leur santé