Bon anniversaire Firas…ou l’histoire d’une enfance ordinaire à Gaza

Bon anniversaire Firas…ou l’histoire d’une enfance ordinaire à Gaza

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Bon anniversaire Firas ! Firas, tu es un gamin ordinaire. Et pourtant, ton anniversaire sera toujours un peu spécial. Tu es né le 8 juillet 2014, à Gaza. Le jour où les bombardements ont commencé.

Sur les 51 premiers jours de ta vie, 2 132 personnes de ta région ont été tuées par la guerre, dont 501 enfants. 12 400 maisons ont été détruites, dont celle de tes parents. On veut croire que tu étais alors trop jeune, et que tu n’as pas trop souffert des cauchemars de tes frères et sœurs, de la peur et de la frustration de tes parents qui ne savaient plus comment vous protéger.

A ton âge, tu ne te rends peut-être pas compte, mais nous nous inquiétons. Tu habites dans un territoire soumis à un « blocus ». Un mot qui, au quotidien, a mille facettes. Il veut par exemple dire que même après une guerre, il reste difficile de faire venir des matériaux de reconstruction de l'extérieur. Est-ce que ton école maternelle sera reconstruite? Est-ce que les cliniques seront réhabilitées le jour où tu seras malade ? Le blocus signifie aussi que l’eau que tu bois n’est pas propre, que tu n’as accès à l’électricité que huit heures par jour, et qu’on n’est jamais sûr que tu auras les médicaments dont tu as besoin.

Et puis surtout, Firas, on se demande comment on va t’expliquer ça, quand tu seras assez grand pour poser des questions. Il va falloir te dire que tu es resté sans domicile parce qu’il y avait des restrictions sur l’importation de ciment. Tu comprendras vite, pourtant. Tu n’auras pas le droit de sortir de Gaza. Tu ne verras pas ta famille de Cisjordanie, à seulement 60 kilomètres. Tu n’iras pas jouer près de la frontière, pour ne pas te faire tirer dessus. Tu n’iras pas non plus jouer dans les décombres des immeubles pour ne pas risquer de tomber sur un engin explosif laissé par la dernière guerre. Ton père te parlera de son entreprise qui a fait faillite car il ne pouvait plus rien exporter. Il faudra que tu comprennes le poids du chômage sur un homme, sur sa fierté, sur son moral. 44% de chômeurs à Gaza, le taux le plus élevé du monde.

Ça fait huit ans que dure ce blocus. Le produit intérieur brut (PIB) a chuté de plus de 50%, il y a eu trois guerres en six ans, 80% des Gazaouis dépendent de l’aide internationale, 39% vivent sous le seuil de pauvreté, 70% en situation d’insécurité alimentaire. On parle toujours de ton blocus avec des chiffres. Toi, tu vas le vivre.

Firas, on a envie de te souhaiter un joyeux anniversaire, mais c’est délicat. Bien sûr, en tant qu’ONG, on fera tout pour continuer à t’aider. En tant qu’individus, on restera impressionnés par ta capacité à te débrouiller malgré tout. Car nous en sommes certains, tu seras aussi fort et déterminé que tes parents, tes frères, tes sœurs, tes voisins.

Mais ce qui nous pèse, Firas, c’est que ce que tu subis n’est pas une fatalité. Ce fameux blocus est imposé par Israël, un partenaire de la France et de l’Union européenne. Il est une « punition collective », car il touche les civils, y compris les femmes, les enfants. Nos Etats ont signé des traités internationaux pour reconnaitre que c’était illégal: tu n’as pas à être sanctionné à cause du lieu où tu es né.

La France veut relancer un processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, mais comment envisager la paix sans respecter tes droits les plus basiques, Firas ? Sans respecter les droits d’un tiers des Palestiniens, encerclés militairement et bloqués dans ce petit territoire ?

Firas, tu n’existes pas. Tu es la centaine de milliers d’enfants aujourd’hui enfermés à Gaza dont nous voulions parler. Aux Français, aux Européens, aux responsables politiques qui prévoient de négocier ton avenir. Parce qu’on aimerait qu’ils ne retiennent pas seulement les chiffres, mais qu’ils pensent aussi à toi. Pour exiger, enfin, la reconstruction durable et la levée du blocus de Gaza.