« RDC : Redoubler de vigilance face à la recrudescence des violences »

« RDC : Redoubler de vigilance face à la recrudescence des violences »

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Au Congo, les « 16 jours d’activisme sur les violences faites aux femmes » viennent de s’achever. Pendant 16 jours, la société civile et les médias communautaires se sont mobilisés pour dénoncer les violences à l’encontre des femmes, et tout particulièrement les violences sexuelles, souvent perpétrées collectivement, avec une violence inouïe, durant les expulsions des Congolais.

Lancé à l’initiative des Nations-Unies, Médecins du Monde a soutenu ce projet dans les zones de santé de Luambo et Kamonia, où elle prend en charge les populations congolaises expulsées. Dans les 10 aires de santé de la bande frontalière des  2 zones  de santé – 48.500 personnes sont donc concernées - , ces 16 jours d’activisme ont été mis à profit pour sensibiliser et éduquer les populations à l’absolue nécessité de protéger les femmes et les filles contre les agressions ainsi que pour les aider à trouver le chemin vers des soins médicaux et psychologiques. Pièces de théâtre, danses traditionnelles, jeux-concours, autant d’occasions pour les femmes de s’exprimer librement sur le sujet, de témoigner, d’échanger des idées… Animations et sensibilisations sur les marchés, interventions dans les écoles et messages radio étaient également au programme. Ces jours d’activisme se sontclôturés par un défilé de jeunes filles, de femmes et de mères. La marche s’est achevée au stade, où, en présence de quelques autorités politiques, le gouvernement a été exhorté à prévenir,  supprimer et punir  toutes les formes de  violence  à l’égard des femmes et des jeunes filles. Un accent particulier a été mis sur la dé-stigmatisation, la confidentialité par rapport aux victimes ainsi que sur la conduite à tenir en cas de viol.

Depuis août 2012, Médecins du Monde soigne les Congolais  expulsés d’Angola victimes de violences sexuelles. De janvier à novembre 2013, l’association a permis la prise en charge de 950 femmes violées.  En mai 2013,  MdM et les partenaires sur place ont dû faire face à l’arrivée massive de congolais « invités » à quitter le territoire, exode accompagné de l’augmentation en flèche de victimes de violence.

Quatre mois plus tard, après une légère accalmie en juin et juillet, le phénomène a repris de l’ampleur.

Une jeune congolaise de 29 ans, prise en charge par Médecins du Monde, témoigne : « il y a une semaine, nous tentions d’entrer en Angola par une porte non officielle en pleine nuit. Deux amies et moi-même avons été arrêtées par quatre militaires. Ils nous ont brutalisées, menacées et amenées par force dans leur camp. Ils nous ont enfermées pendant trois jours et nous ont violées à plusieurs reprises, sans arrêt, sans répit. Le dernier homme qui m’a violée  était très saoul. Il m’a saisie et m’a donné un coup de poignard sur les pieds. J’ai traversé la frontière avec ma jambe qui me faisait très mal. J’ai été soignée au centre de santé de Mil 8 soutenu par MDM ».

Pourtant, en juillet 2013, les gouverneurs des provinces de Luanda Norte (Angola) et du Kasaï Occidental(Congo) s’étaient mis d’accord sur une « normalisation » des mécanismes d’immigration entre les 2 pays,  visant à réguler la libre circulation des biens  et des personnes. L’octroi d’un laisser-passer de 72h et l’ouverture de 2 postes-frontière laissaient penser que les expulsions allaient diminuer.

Mais Médecins du Monde constate qu’il n’en est rien et s’inquiète de l’absence de mesures prises en faveur de la protection des victimes de part et d’autre de la frontière. 

« Les autorités des provinces congolaises et angolaises concernées ont adopté des mesures visant la régulation des passages transfrontaliers mais de manière restrictive (visa de 72 heures) et coûteuse pour les migrants. Cette fausse facilitation de la migration explique que beaucoup de Congolais continuent d’emprunter des voies « illégales ». Nous constatons que, loin de diminuer, les expulsions se poursuivent. Elles ont même augmenté depuis les trois derniers mois, avec leur lot de violences, tout particulièrement envers les femmes », déplore Mercedes Bosch, Coordinatrice Générale des projets de Médecins du Monde en RDC. 

Même s’il s’agit d’un problème endémique et de longue durée entre les deux pays, la quasi-absence de réponse par rapport à la situation de ces victimes n’est pas acceptable. MDM appelle donc L’Etat angolais à assurer la protection des droits des migrants et à poursuivre judiciairement les responsables.  

Médecins du Monde insiste sur la nécessaire mise en place d’un agenda clair sur la prise en compte des violences et plus particulièrement les violences faites aux femmes, dans toute discussion touchant à la régulation des migrations entre les deux pays.