« De réfugié à prisonnier » - Témoignage depuis Lesbos, en Grèce

« De réfugié à prisonnier » - Témoignage depuis Lesbos, en Grèce

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« Quand je pense à la 'traversée de la mort’ qu’ils ont dû entreprendre, à tout et tous ceux qu’ils ont laissé derrière eux, j’ai encore plus honte de ce que nous, humains, sommes capables de faire subir aux autres. » Ariane, infirmière bénévole pour Médecins du Monde à Lesbos, partage son expérience sur son blog. Extraits.

Le 17 mars, l’accord entre la Turquie et l’Union Européenne, censé résoudre l’actuelle crise des réfugiés, a été signé. Chaque réfugié arrivant sur le sol grec et ne se qualifiant pas au statut de réfugié en Europe sera renvoyé en Turquie. « Douze heures après que Erdogan [le président Turc] et Rutte [le premier ministre néerlandais, qui occupe la présidence tournante du Conseil de l'Union Européenne pour le premier semestre de 2016]  se soient serré la main, les personnes en question sont devenues non seulement des réfugiés, mais aussi des prisonniers » explique Arianne. En effet, les camps d’accueil se sont transformés en centres de détention, où tout signe d’humanité a disparu. Les réfugiés « seront à nouveau privés de liberté. Souvent, je les vois derrière les clôtures du camp, les larmes aux yeux, se demandant ce qu’ils ont bien pu faire de mal, et quel sera leur sort. »

La situation sur place est tragique. « La misère, le désespoir, la tristesse et la peur marquent le visage des réfugiés. Sans aucune préparation, avec des effectifs bien trop bas et sans les capacités requises, l’accord est entré en vigueur. Comment a-t-on pu tolérer cela ?

Nombreuses sont les ONG qui refusent de collaborer et s’en vont. D’autres se font chasser par la police, car c’est la police qui est en charge maintenant, puisqu’il s’agit de prisonniers, non plus de réfugiés. Les portes des camps sont fermées, personne n'a aucune idée concrète de ce qu’il doit se passer, quelles procédures doivent être suivies. Cela fait pourtant cinq jours que les réfugiés sont enfermés.

Ça me peine de voir que quand tu fuis la guerre et la misère, tu te retrouves à être traité comme un prisonnier. De voir aussi que tu dois enlever les lacets de tes chaussures, donner ta ceinture, te faire fouiller, pour ensuite te faire escorter par la police vers un endroit isolé, entouré de barrières et de fils barbelés.

Personne n’a de réponse et personne ne sait ce qu’il va se passer. Les réfugiés sont laissés dans l’incertitude et se sentent menacés, intimidés. Tu fuis ton pays à cause de la guerre et tu te fais traiter comme un criminel. Sans aucun scrupule, sans aucune réflexion, la police se soumet aux ordres des supérieurs. Quelques heures plus tard, elle est débordée : qui va s’occuper de procurer de l’eau chaude, des habits propres et de la nourriture maintenant que les ONG ne sont plus là ? Les réfugiés se rassemblent près de la porte, supplient qu’on leur vienne en aide et qu’on leur  donne des réponses. Certaines ONG essaient de se démener pour pouvoir se frayer un chemin dans le camp, ce que la police accepte, car ils ne peuvent pas gérer cette situation seuls. »

« C’est honteux de devoir observer comment ces personnes se font traiter, attendant des heures pour s’enregistrer, sans eau, sans nourriture et sans toilette, pour après se faire enfermer sans aucune explication, comme s’ils avaient fait quelque chose d’horrible. »