« Après la Méditerranée, le désert au Niger se transforme à son tour en cimetière pour les migrants. »

« Après la Méditerranée, le désert au Niger se transforme à son tour en cimetière pour les migrants. »

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Les corps de 44 migrants ont été retrouvés sans vie dans le désert nigérien. Ils sont morts de soif après avoir été victimes d’une panne de moteur. Après la Méditerranée, c’est le désert d’Agadez qui devient à son tour un cimetière pour les réfugiés (pour les migrants). Et c’est une loi influencée par l’Union Européenne qui en est la cause.

Les 44 dépouilles – dont celles d’enfants – ont été découvertes par hasard par un autre véhicule. Selon Médecins du Monde, cette tragédie n’est que la partie émergée de l’iceberg, et le désert se fait chaque mois plus meurtrier. La raison : une loi soutenue par l’Union Européenne au Niger en mai 2015. Depuis son entrée en vigueur, les migrants sont forcés d’emprunter des routes inconnues pouvant – comme dans ce cas – s’avérer mortelles.

Poussés vers des routes dangereuses

« L’Union Européenne va de plus en plus loin pour définir ses frontières extérieures – littéralement, » explique Soumaila Maiga Ibrahim, coordinateur des projets de Médecins du Monde au Niger. « C’est pour ça que l’UE a négocié avec le Niger – voisin de la Libye – la mise en œuvre d’un dispositif visant à réduire les flux des migrants qui tentent de rejoindre l’Europe en passant par Agadez. » Depuis lors, la route officielle qui traverse le désert est étroitement surveillée et ne peut plus être empruntée par les migrants. Pour échapper aux patrouilles de la police, la seule alternative pour les migrants candidats au départ vers l’Europe est de se lancer sur les routes inconnues… « Et potentiellement mortelles, » complète Soumaila. « La moitié du Niger est un désert. Et le pays fait plus de 40 fois la taille de la Belgique ! Beaucoup de ceux qui empruntent ces routes finissent par se perdre, sans carburant, sans eau, sous des températures qui peuvent monter au-delà de 50 degrés ! Et là, ils meurent de soif… »

Auparavant, les migrants pouvaient suivre la route officielle et balisée, en suivant un convoi militaire. Leurs chances de réussite étaient donc infiniment meilleures. Depuis la promulgation de cette loi, le nombre de personnes utilisant cette route a chuté de 32.784 (en septembre 2016) à 4.781 (en avril 2017). « Plutôt qu’une réduction du nombre de migrants, il semble plus probable que nombre d’entre eux fassent le choix d’emprunter les routes les plus dangereuses» explique encore Soumaila Maiga Ibrahim. « Avec toutes les conséquences possibles que cela implique. » À Agadez même, les conséquences se font aussi ressentir, puisque les conditions de vie des migrants se sont fortement dégradées depuis la promulgation de cette loi.

Médecins du Monde – qui procure des soins médicaux aux migrants en transit à Agadez – appelle à une révision urgente de ce dispositif. Sans cela, il semble que le désert nigérien soit destiné à devenir, comme la Méditerranée, un cimetière pour les populations migrantes.