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HAITI, 6 MOIS APRES - Toujours 700 000 personnes sous tentes à Port au Prince

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Modifié le: 3/02/2011, 10h42

A 6 mois du tremblement de terre et au commencement de la saison cyclonique, le moment est crucial pour la reconstruction d’Haïti. Même si la situation sanitaire reste sous contrôle, les conditions de vie des sinistrés de Port au Prince et de sa région (1,3 million de personnes) restent extrêmement difficiles. « On avance en pire » : pour beaucoup, la situation quotidienne ne s’améliore pas, voire s’aggrave avec l’arrêt des distributions de nourriture. Les signes tangibles d’une amélioration doivent donc être rapidement apportés par les autorités haïtiennes, avec le soutien promis mais qui tarde à arriver, des Nations Unies et des Etats.

-  Mobiliser les fonds promis par la communauté internationale pour un système de santé vraiment équitable

A ce jour, seuls quelques centaines de millions de dollars sur les 10 milliards promis ont été effectivement versés par les Etats et les bailleurs : il est grand temps que les promesses soient tenues, il faut aller plus vite.
Les 10 milliards de dollars d’aide promis par la communauté internationale lors de la conférence de New York en mars, doivent permettre de financer et de mettre en oeuvre un système de soins plus équitable tant en termes de coût que d’implantation dans les quartiers les plus pauvres et les moins faciles d’accès. Certaines cliniques créées par MdM et d’autres ONG dans le cadre de l’urgence, pourraient ainsi s’inscrire de manière permanente dans une nouvelle offre de santé pour les Haïtiens les plus pauvres.
Suite au séisme, le gouvernement haïtien a décrété la gratuité des soins pour tous pendant 6 mois. Aujourd’hui, la mesure annoncée ne garantit plus que la gratuité des médicaments, jusqu’au mois d’octobre. Le retour à un système payant des actes de soins dans les hôpitaux exclut donc la majorité de la population dont les plus vulnérables, les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Pour cette population, la gratuité des soins doit être au moins garantie et devenir une mesure pérenne du système de santé haïtien.


-  Une situation sanitaire fragile

Pas de propagation de maladie contagieuse, quelques cas de malaria et de fièvre typhoïde diagnostiqués et mis sous traitement, la vaccination des enfants et des nourrissons, le repérage et la prise en charge des cas de malnutrition modérée ou sévère : les actions mises en place par les ONG locales et internationales, dont Médecins du Monde, ont permis de limiter les effets de la catastrophe sur la santé.
Elles ont permis aussi à des milliers d’Haïtiens de bénéficier pour la première fois d’un réel accès aux soins. Avant le séisme, plus de 60 % de la population n’avait pas accès aux soins. Aujourd’hui, 5.000 consultations médicales gratuites sont effectuées chaque semaine par les équipes MdM dans 10 cliniques sous tente installées dans les quartiers les plus défavorisés. Il reste encore difficile de référencer un malade pour un traitement à l’hôpital et, entre les services des ôpitaux, les transferts sont très compliqués.


-  Amélioration des conditions de vie : trop peu, trop lentement

Les conditions de vie des 1,3 million de sinistrés restent pathogènes. Une fois soignées, les personnes retournent vivre sous une tente sans distribution de nourriture et avec un accès difficile à l’eau potable, alors que les pluies sont de plus en plus fréquentes.
Impuissance et frustration pour les équipes soignantes, compréhension et colère parmi la population : 6 mois après, il n’existe pas de projet d’envergure pour une amélioration des conditions de vie. Les projets de nouveaux camps de relocalisation éloignés de la capitale et inadaptés ont été suspendus, sans que d’autres solutions soient proposées.
Pas ou peu d’information n’est donnée à la population des 400 camps sur un éventuel retour dans les maisons identifiées comme sûres. Un message collectif doit être donné rapidement pour permettre aux personnes qui le peuvent de retourner dans ces habitations. Des abris temporaires plus solides doivent être construits à un rythme plus soutenu. Fin juin, seuls 3 000 abris de ce type étaient construits.


-  « On ne peut pas oublier » : le traumatisme est toujours là

Sur chacun des 10 sites MdM sont organisés plusieurs fois par semaine des groupes de parole pour adultes, des ateliers pour enfants, des entretiens individuels. « Il y a chaque matin des personnes qui viennent me voir pour des maux imaginaires » déclare le docteur manuela « après auscultation ils n’ont rien apparemment mais si on leur pose des questions, ils disent ne pas dormir, ne pas manger, revivre en permanence les 52 secondes du tremblement de terre. Je leur propose de voir le psychologue ou de participer au groupe de parole »

Raconter le tremblement de terre, décrire chaque détail, comment on est sorti vivant, ceux qui ont disparu, l’absence de corps dans bien des cas : pour beaucoup de participants, le groupe de parole est l’occasion de raconter pour la première fois devant des inconnus ce qu’ils ont vécu. C’est plusieurs mois après que le traumatisme s’exprime. Tous disent « On ne peut pas oublier. On peut juste faire que ce soit du passé. » Ils racontent leur souffrance e vivre au quotidien « Je ne suis plus normale. Je ne peux pas, du tout du tout, être comme avant ».

Jouer, dessiner, chanter : depuis le mois d’avril, 6 000 enfants ont participé aux ateliers socioéducatifs Les dessins sont explicites : une maison détruite de toutes les couleurs et une grande main qui sort des décombres, c’est sa mère morte pendant le séisme que ce petit garçon a représentée. L’atelier pour enfants de MdM se termine par une chanson préventive contre les violences et tous chantent « ne blessez pas la fleur, laissez le papillon, libre dans son bonheur, ne blessez pas l’enfant ».

Après plusieurs mois sous la tente, dans des conditions de promiscuité et d’insécurité très difficiles, les cas de violences et en particulier de violences sexuelles augmentent sur plusieurs des camps où MdM intervient. Les femmes mais aussi les enfants en sont les principales victimes. 6 mois après, le traumatisme est toujours très présent, la population angoissée : la prise en charge psychologique doit continuer au-delà de la phase d’urgence. Ce volet doit être intégré dans le plan de reconstruction du système de santé haïtien.


-  « Les femmes continuent d’accoucher : c’est notre priorité »

Depuis la mi-mars, MdM-Belgique a mis toute son énergie au service des femmes enceintes. En effet, 6% des femmes les plus pauvres accouchent dans les centres de santé contre 78% des femmes plus aisées. Le tremblement de terre a causé d’importants dégâts aux maternités et à l’école de sages-femmes. « C’est notre priorité d’assurer l’accès aux soins pour ces femmes et de réduire la mortalité en couches » rappelle Pierre Verbeeren, Directeur Général de MdM-Belgique. MdM-Belgique a accompagné le personnel haïtien dans la relance de la maternité de Petit Goâve et soutient la formation continue du personnel de santé des maternités de Miragoane et de Grand Goâve.


-  Point financier

MdM a collecté 14.1 millions d’euros en dons privés et subventions publiques (dont 1 million via MdM-B). Après 6 mois, plus de 6 millions € ont été engagés sur le terrain (dont 163.481 € via MdM-B.
L’association présente depuis plus de 20 ans est engagée pour plusieurs années dans la reconstruction de l’accès aux soins en Haïti.


-  Quelques chiffres :

• Présence à Port-au-Prince, Cité Soleil, Sonapi, Carrefour Feuille, Petit Goâve, Grand Goâve, Miragoane et Jérémie.
• 123.000 personnes bénéficiaires, 92.000 consultations médicales de base, 20.000 en santé reproductive.
• 800 interventions chirurgicales (parages de plaies, gestion des fractures...) réalisées à l’hôpital général de Port-au-Prince dont seules 5 % d’amputations. Le volet chirurgical a pris fin le 22 février.
• 10 dispensaires sous tentes installées par MdM à Port au Prince dans 9 quartiers qui couvrent 140 camps improvisés.
• 5 équipes de cliniques mobiles sur 30 lieux (Port au Prince, Cité Soleil et Grande Anse)
• 6 départements hospitaliers soutenus (Hôpital universitaire de Port au Prince, Choscal à Cité Soleil, Notre Dame de Petit Goâve, Hôpital Saint Antoine de Jérémie et 2 hôpitaux (Hôpital de la Paix et Bernard Meuvs) sur le volet violences à Port au Prince
• 14 cliniques étatiques soutenues (Petit Goâve et Grande Anse)
• 30 unités de prise en charge de la malnutrition soutenues (Grande Anse et Petit Goâve)
• 510 personnes travaillent actuellement pour MdM en Haïti dont 458 haïtiens et 52 expatriés

Visionnez la vidéo de Médecins du Monde : 6 mois après, reconstruire avec les Haïtiens, en cliquant ici


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