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Corne de l’Afrique : réfugiés sans avenir

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Modifié le: 25/01/2012, 16h28
Un entretien avec Jezùs González, collaborateur expatrié parti pour Filtu, en Ethiopie, comme infirmier pour Médecins du Monde.


Jezùs González a effectué une enquête d’exploration dans le territoire qui longe la frontière somalienne. Dans cette région, où plus de 13 millions de personnes sont dépendantes de l’aide humanitaire, la saison des pluies a augmenté le risque de maladies. La malaria notamment, qui se répand via les moustiques, mais aussi le choléra, qui se propage via l’eau contaminée. De plus, les pluies ont rendu cette région très difficile d’accès, ce qui rend le travail des collaborateurs humanitaires et l’approvisionnement médical très difficiles.



Pouvez-vous nous décrire la situation humanitaire ?
Jezùs González : Dans les camps nous rencontrons beaucoup d’enfants avec des symptômes aigus et chroniques de malnutrition ainsi que des enfants qui développent différentes maladies dues au manque de soins de santé de base sur une durée de plusieurs années. La situation sanitaire que nous retrouvons est substantiellement la même que celle que nous retrouvons dans chaque situation de conflit : les affections respiratoires, les troubles digestifs, les parasitoses, les diarrhées, les premiers signes du choléra… Il y a aussi d’autres problèmes, au sujet desquels nous ne recevons pas d’information, mais qui, nous en sommes persuadés, sont également d’origine psychosomatique vu le conflit ambiant.


Médecins du Monde a débuté ses activités dans l’hôpital de Filtu. Pourquoi a-t-on choisi de travailler dans cet hôpital ?
Jezùs González : Dans les camps de réfugiés, il y a seulement des centres pour les soins de santé de base. Donner des soins sanitaires du deuxième niveau est une nécessité pour la prise en charge de patients qui souffrent d’affections plus spécifiques. Traditionnellement, notre organisation donne plutôt des soins de première ligne. Ce service est fourni sur place et s’il n’est pas de très grande qualité, il garantit cependant un niveau de suivi minimum. C’est après une évaluation de la situation que nous avons identifié le besoin de renforcer l’hôpital de référence.


Comment les patients gravement malades atteignent-ils l’hôpital ?
Jezùs González : C’est une des choses qui ne fonctionnent pas bien. Malgré le fait que chaque camp dispose d’un moyen de transport pour les malades, le transfert des malades reste très difficile. Ceci est probablement dû à une mauvaise identification des cas qui nécessitent une prise en charge. Une de nos tâches sur place consiste à déterminer les raisons pour lesquelles les patients n’arrivent pas à l’hôpital. Une fois que nous aurons identifié les causes, nous pourrons rechercher une solution adaptée pour nous attaquer à ces problèmes structurels.


Combien de personnes des camps de Dolo Ado viennent à l’hôpital de Filtu ?
Jezùs González : Beaucoup trop peu. Les statistiques nous montrent que 15 % des femmes enceintes ont besoin d’une césarienne lors de leur accouchement. En pratique, seulement 2 à 3 % des femmes enceintes atteignent l’hôpital. Le reste des femmes meurent vraisemblablement lors de l’accouchement et peut-être bien avec leur bébé. Il y a trop peu d’hospitalisations de patient pour des interventions chirurgicales qui ne peuvent pas être effectuées dans des centres médicaux du premier niveau.
Actuellement, l’hôpital dispose de 20 lits avec un service de soins précaire pour une population d’environ 120.000 réfugiés somaliens et 14.000 éthiopiens habitant la région. L’infrastructure est tout à fait inefficace et la prestation de services médicaux qualitativement en-dessous du niveau acceptable. Il n’y a qu’une section opératoire dont le fonctionnement est soutenu par une organisation italienne. Tous les autres services, entre autres le laboratoire, la radiologie, le traitement des déchets et la cuisine fonctionnent en-dessous du niveau minimum requis. Les cinq médecins qui travaillent sur place n’ont pas la formation suffisant pour pallier aux manquements.


Les soins médicaux sont aussi bien accordés aux réfugiés qu’à la population éthiopienne locale. Comment cela se passe-t-il ?
Jezùs González : Avec Médecins du Monde, nous essayons de partager notre intervention entre les réfugiés et la population locale. Le fait est que les conditions de vie de la population locale ne diffèrent pas beaucoup de celles des réfugiés. Notre objectif est dès lors d’améliorer les soins de santé de l’hôpital afin que la population locale et les réfugiés puissent en profiter à long terme. J’ai bien peur que les camps subsistent, au moins encore pendant deux à trois ans.




Jezùs González, un collaborateur de Médecins du Monde, est parti le premier dans cette région pour une mission d’exploration.
Médecins du Monde a récemment entrepris un nouveau projet dans l’hôpital de Filtu en Ethiopie. Ce projet est financé par la Coopération belge au développement d’une part et par les dons des citoyens belges et espagnols aux deux délégations de Médecins du Monde. L’hôpital de Filtu garantit l’accueil des réfugiés somaliens du camp de Dollo Ado et de la population éthiopienne de la région.

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