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Populations et crises oubliées

Pour le grand public, l’action humanitaire se résume souvent à une présence sur les grosses urgences : la Bosnie ou le Kosovo hier, l’Irak et le tsunami plus récemment. Pourtant, la vocation des volontaires des ONG est aussi de porter assistance aux personnes subissant au quotidien la faim, les maladies et les dizaines de conflits ignorés dont les principales victimes sont des civils.

Notre travail d’humanitaire nous conduit donc à mobiliser l’opinion publique sur ces « angles morts » médiatiques. Là réside l’identité fondatrice de Médecins du Monde : soigner et témoigner dans les contextes d’urgence mais aussi auprès des populations tombées dans l’oubli.



En 1980, une poignée de médecins, intellectuels et journalistes, conduits par Bernard Kouchner, embarquait sur l’Ile de Lumière pour porter assistance aux boat-people en mer de Chine. Au-delà de l’intervention médicale d’urgence, ils souhaitaient alerter l’opinion publique. 25 ans plus tard, ces deux vocations initiales, soigner et témoigner, sont toujours les piliers de l’association, en France comme à l’étranger.

La spécificité de Médecins du Monde est donc d’intervenir à la fois sur les contextes d’urgence, mais aussi de rester sur le terrain pour soutenir, accompagner, reconstruire dans la durée.

L’image d’Epinal résume l’action humanitaire aux catastrophes naturelles et aux conflits médiatisés (Bosnie, Kosovo, Irak, Asie du Sud-Est ), véhiculant une série de clichés : cargos affrétés apportant des tonnes d’aide, afflux massif de dons, « cirque humanitaire », élans compassionnels, etc. Cette image nous a été servie jusqu’à l’écœurement à l’occasion du tsunami du 26 décembre dernier. Encore aujourd’hui, une large place est faite aux débats sur les montants de l’aide et leur utilisation. Ces débats ne sont pas illégitimes. De même, l’ampleur de la catastrophe et les besoins en matière de santé justifiaient une intervention médicale d’urgence ; désormais tout le système de santé de la province d’Aceh est à reconstruire, il faut former des professionnels de santé et c’est ce à quoi participent nos équipes toujours présentes dans la zone, en accord avec les autorités locales.

Néanmoins, ces interventions, si elles focalisent l’attention générale, ne représentent qu’une petite partie de nos activités. La majorité de nos programmes est ainsi consacrée à soigner des populations sur des crises non médiatiques, notamment les multiples conflits « chroniques » dont les victimes sont avant tout des civils.

Le désintérêt envers ces crises qui déciment des pans entiers de population va chaque jour grandissant. Les journaux anglophones du monde entier ont ainsi consacré respectivement 2.700 et 2.300 articles à la Tchétchénie et au sida en un an, contre 35.000 au Tsunami en six semaines. Ce mécanisme de désintérêt pour certaines crises est manifeste dans les médias mais nous le constatons aussi dans de nombreux domaines qui nous concernent directement : les financements tant privés que publics, le recrutement, etc.

Quelques exemples parmi tant d’autres : Bam en Iran, où seuls 2% de l’aide internationale promise est finalement parvenue aux sinistrés du tremblement de terre de décembre 2004, que plus personne n’évoque aujourd’hui sauf pour établir des comparaisons avec le tsunami. Ou encore l’Afghanistan, où une grave crise humanitaire sévissait dans l’indifférence générale avant le 11 septembre et qui est depuis retombé dans l’oubli. Ou enfin la Côte d’Ivoire, où personne ne voulait se rendre malgré nos besoins en ressources humaines, tandis qu’affluaient les demandes pour partir en Asie.

Par cette campagne, notre objectif est donc bien de rappeler un constat qui s’inscrit dans les gênes de Médecins du Monde : les crises humanitaires perdurent bien au-delà de leur visibilité médiatique et notre vocation est aussi de soigner ceux que le monde oublie peu à peu et de mobiliser l’opinion publique en leur faveur.

 
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